Richard Millet: Langue fantôme (2012)

Résumé

Outre ses obsessions identitaires, Richard Millet, dans Langue fantôme, confond l’idéalisation de la profondeur littéraire avec les mondanités décadentistes. Son style est la mise en forme de ces clichés éculés qui ratent systématiquement le début d’analyse que Millet pourrait produire si ses mots avaient un sens. C’est presque un cas d’école.

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Richard Millet : Langue Fantôme, suivi de : Éloge littéraire d’Anders Breivik, ed. Pierre Guillaume de Roux, Paris, 2012, 120 p.

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Puisque le mois dernier, j’ai commenté les dix-huit pages de l’Éloge littéraire d’Anders Breivik, autant amortir mon achat (on ne m’envoie pas les livres en service de presse) en jetant un coup d’oeil à Langue Fantôme.

Entre autres insignifiances, Richard Millet croit bon de déplorer qu’Umberto Eco ait allégé son roman Le Nom de la rose en enlevant les citations latines et autres coquetteries érudites. Eco les avait pourtant signalées comme telles (pour « faire médiéval ») dans la version initiale. Accordons que cette purge était inutile. Mais pas de quoi chier un pendule (de Foucault). Lire la suite « Richard Millet: Langue fantôme (2012) »

L’État ne peut pas tout!

Résumé
La crainte du chômage correspond à son niveau de stigmatisation. L’État confond politique sociale et politique industrielle. Le volontarisme n’est pas l’esprit d’entreprise. Dans la concurrence internationale, le clientélisme n’est pas la solution.

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Comme je le disais dans un article précédent : « contrairement au refrain actuel sur les classes populaires de souche, on a pu constater que les ouvriers de l’automobile comptaient bien de nombreux immigrés (…). Concrètement, cela devrait signifier qu’ils sont cuits. Ça tombe bien, l’époque n’est pas à l’assistanat pour les pauvres. »

On comprend l’angoisse des ouvriers de PSA qui risquent de se retrouver au chômage dans la situation actuelle, à leur âge (pour la plupart), avec leur type de qualification. Mais je dois avouer que j’ai éprouvé un certain malaise à attendre certaines de leurs déclarations. J’ai eu un peu l’impression qu’ils craignaient surtout de rejoindre les rangs des « assistés », des « fainéants », tant le discours actuel est assimilé par tout le monde. Lire la suite « L’État ne peut pas tout! »

Caricatures de caricatures

Résumé

La surenchère du film anti-islam et des caricatures de Mahomet nous joue le choc des civilisations : liberté contre censure. Mais qui maîtrise vraiment la question du pluralisme (religieux) aujourd’hui ?

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Caricature de critique

L’affaire du film L’innocence des musulmans, comme l’affaire des caricatures de Mahomet, a déjà causé plusieurs morts, après celles de l’attaque de l’ambassade américaine en Libye. Le film est une charge caricaturale contre l’islam où le prophète Mahomet est présenté comme un tyran, violent, pédophile, etc. L’auteur de ce brûlot a, semble-t-il, engagé des acteurs avec un faux scénario et a fait un doublage pour diffuser son message. On parle de droit de caricature et de liberté d’expression. Mais l’auteur du film, qui a été d’abord présenté comme un Israélien, semble être un Copte égyptien fanatique anti-islam. Son but est à l’évidence de provoquer un clash contre les musulmans, en mettant les Israéliens ou les Coptes d’Égypte dans le coup. À moins qu’il ne s’agisse d’une sorte de Sacha Baron Cohen inconscient.

Un autre cas de déchaînement de violence avait eu lieu quand le pape Benoît XVI a fait son discours de Ratisbone en 2006. Il avait, lui aussi, insinué que les musulmans étaient violents et fanatiques (en citant l’Empereur byzantin Manuel II Paléologue) alors que le christianisme serait la continuation de raison et de la philosophie grecque. Aujourd’hui, à l’occasion de son voyage au Liban, c’est un peu culotté de sa part Lire la suite « Caricatures de caricatures »

Richard Millet fait le buzz

Résumé

Richard Millet a pété le googling avec son Éloge littéraire d’Anders Breivik. Mais c’est très décevant comme politiquement incorrect. Le niveau baisse. Rue89 fait mieux avec les commentaires de fachos. Et ça prétend faire de la littérature ! MDR !

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Un peu d’action pour la rentrée. En bonus de son livre Langue fantôme, Richard Millet publie un petit texte d’Éloge littéraire d’Anders Breivik. Il faut bien se démarquer de la masse. Non seulement des « 600 romans de la rentrée littéraire », mais des 200 livres par jour en moyenne, soit 70 000 livres par an. Le pilon est le meilleur investissement du secteur de l’édition (Bernard Arnault vient justement de prendre 37 % de Paprec).

Richard Millet a réussi son coup. Un « éloge littéraire d’Anders Breivik » ! Les fachos fourbissent leur « politiquement correct » pour défendre leur liberté d’expression. Les rédactions en salivent d’avance. Hollande les laissait un peu sur leur faim. Certes, le président a bien fait la une de la rentrée pour en dire qu’il ne se passait rien. Mais on sentait bien que le coeur n’y était pas. C’était le service minimum de part et d’autre.

Dans un premier temps, entre gens de bonne compagnie, les critiques faux culs ont trouvé des excuses à Millet. On ne sait jamais. C’est un éditeur connu chez Gallimard. Ils ne vont pas se griller bêtement pour un quarteron de jeunes norvégiens de gauche. Mais surtout, on voyait bien que Lire la suite « Richard Millet fait le buzz »

Non-cumul des salaires

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Le problème du cumul des mandats est plutôt celui du cumul des salaires des élus. On retrouve la question du partage du travail et du travailler plus pour gagner plus.

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Contrairement aux promesses de campagne, le non-cumul des mandats a du mal à passer dans les faits au Parti socialiste qui temporise. La solution est simple. Il suffit d’instaurer le non-cumul des salaires pour les mandats multiples. On verra bien si le cumul se maintient pour les raisons d’efficacité ou d’enracinement local qu’invoquent ceux qui s’y accrochent.

Le cumul existe simplement sur le mode « travailler plus pour gagner plus pour des gens qui gagnent déjà bien ». Ce qui est un peu gênant quand on est pour les 35 h pour les autres et contre les heures supplémentaires parce que ça empêche la création d’emploi. Ce qui est strictement exact et pour la même raison : cela permet de Lire la suite « Non-cumul des salaires »

Onfray démasqué !

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Michel Onfray est accusé d’être un antisémite parce qu’il applique son athéisme militant au judaïsme. L’université s’en mêle. Au bûcher l’hérétique !

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C’est la nouvelle polémique de l’été. Michel Onfray a publié un long article dans Le Point du 7 juin 2012 pour faire l’éloge du livre de Jean Soler, Qui est Dieu ? (éditions de Fallois). Soler y dénonce les six idées reçues sur les monothéismes et Onfray l’en félicite. Ce livre reprend l’exégèse athée des monothéismes en ciblant tout particulièrement l’Ancien Testament et à la religion juive. En en faisant la promotion, Onfray confirme donc les soupçons de ceux qui l’avaient accusé Lire la suite « Onfray démasqué ! »

Pour en finir avec la crise grecque

Résumé

Crise culturelle ou crise économique ? La crise grecque et le rejet de la financiarisation montrent les limites du modèle économique actuel. Mais on ne s’en sort pas par moins de connaissances.

Crise culturelle

Le journal belge Le Soir, le 16 juin 2012, a publié une interview du philosophe grec Stellios Ramfos : « La crise grecque n’est pas économique. Elle est culturelle ». Il nous rappelle qu’on a tort de croire que ses concitoyens sont culturellement équivalents aux Européens de l’ouest. C’est vrai qu’il existe des différences culturelles. Ramfos a raison de souligner la spécificité de la sphère orthodoxe. Il faudrait étudier davantage ces phénomènes pour mieux adapter les mécanismes économiques internationaux aux données locales.

Mais Stellios Ramfos se trompe quand il croit que les autres européens sont aussi rationnels qu’il l’imagine. J’avais déjà remarqué ce mécanisme en lisant les romans de l’ancien dissident soviétique Alexandre Zinoviev qui décrivait bien l’homo-soviéticus de l’URSS. Lui aussi se trompait en imaginant que les Occidentaux n’étaient pas aussi bureaucratiques que les Russes ou que les rapports humains n’étaient pas aussi retors à l’Ouest. Les anthropologues oublient souvent qu’un terrain local donne un poste d’observation qui permet des conclusions générales. Ils en tirent un peu trop classiquement des conclusions identitaires (le romantisme philosophique est passé par là). Il faut savoir repérer l’universel sous le particulier.

Ramfos a raison de voir dans la crise économique Lire la suite « Pour en finir avec la crise grecque »

Jourde colère : « Pays perdu »

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Le texte de Pierre Jourde, Pays perdu, rate son coup littéraire et finit en fait divers. Encore un critique qui joue au romancier. Un prof de littérature qui fait des travaux pratiques.

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En traînant sur Internet, on finit par trouver ce qu’on ne cherchait pas. Je suis tombé sur Pierre Jourde, critique littéraire maudit, qui balance grave, comme son compère Naulleau avec qui il a publié le Jourde-et-Naulleau, comme on disait le Lagarde-et-Michard, manuel scolaire de littérature de ma jeunesse. Mais le Jourde-et-Naulleau n’est pas encore au programme. C’est dommage, ça mettrait un peu d’ambiance en cours de lettres. Et on s’étonne que les élèves s’emmerdent…

La limite du genre est que Jourde critique, comme Naulleau, exige de la littérature ce qu’elle n’est pas. Une véritable critique littéraire scientifique devrait parler de la littérature telle quelle est et non telle qu’elle devrait être. Je dis ça, mais je m’en fous, en fait. C’est histoire de dire que Lire la suite « Jourde colère : « Pays perdu » »

Ne rien faire de symbolique !

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La gauche au pouvoir devra se forcer un peu pour ne plus prendre des mesures symboliques. Celle de la réduction des salaires des ministres doit donc être généralisée pour combattre les déficits et faire repartir l’État sur des bases économiques saines. Quand on a une solution simple et efficace, il ne faut pas la réduire à un simulacre, un symbole creux joué par des marionnettes pour éviter à l’ensemble des citoyens de voir la réalité.

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Le nouveau président, François Hollande, veut être un président normal, et c’est très bien. Il faudra faire un effort sur la tendance aux partis socialistes (sans parler des communistes) à vouloir être hégémoniques. Hollande a voulu marquer le coup par des hommages à Jules Ferry et à Marie Curie. Bon, on peut le lui accorder. Mais il ne faudrait pas croire non plus que c’est ça la normalité.

Le président a décidé de diminuer son salaire et celui des ministres de 30 %. C’est bien, même si le Sarkozy avait augmenté le sien de 170 %. Il reste quand même une augmentation de 89 % par rapport au salaire d’origine (270 – 30 % = 189). Même avec l’inflation (maximum 15 %), à supposer qu’il n’y ait pas eu d’indexation, il reste une augmentation de 60 %. On peut admettre qu’on la récupère sur la réduction du salaire des ministres. Passons. Mais restons vigilants.

Puisque Hollande se permet ce genre de mesure, on voit qu’il est pour la réduction des inégalités. C’est de gauche. La conséquence logique Lire la suite « Ne rien faire de symbolique ! »

Paris n’est pas toujours Paris

Résumé

La question des « classes populaires » dont on parle tant dissimule le véritable enjeu, qui peut être élucidé à l’aide de nos bons vieux mythes culturels.

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Je suis arrivé à Paris en 1981. Quelques années plus tard, à l’occasion d’un exposé de linguistique, j’ai fait une remarque qui peut répondre à la question actuelle sur les classes populaires. Une analyse en terme de « classes » titille les neurones pavloviens de la gauche rétro alors qu’il s’agit simplement de CSP (catégories socio-professionnelles) des sociologues. C’est la technique Soral-Zemmour qui regrette le bon vieux temps de la guerre froide qui s’est achevée avec le bulldozer contre le foyer d’immigrés par le maire communiste de Vitry, en 1980. Cette fausse sociologie clivante singe le marxisme, mais divise les travailleurs qu’elle Lire la suite « Paris n’est pas toujours Paris »