Henry Kamen, « L’Éveil de la tolérance » (1967)


Résumé

On parle un peu trop de laïcité à tort et à travers. Henry Kamen nous donne ici une magistrale leçon d’histoire de la question de la tolérance envers les minorités religieuses. C’est cette notion qui précède la conception française de la laïcité. À travers les écrits des partisans et adversaires de la tolérance aux XVIe et XVIIe siècles, autour de la période des guerres de religion qui ont déchiré l’Europe, on constate que les arguments des uns et des autres étaient les mêmes qu’aujourd’hui.

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Henry Kamen, L’Éveil de la tolérance, coll. « L’Univers des connaissances », Traduction de Jeanine Carlander, éd. Hachette, Paris, 1967, Très nombreuses illustrations d’époque, Tableau chronologique, 256 p.

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De l’Empire romain au Saint-Empire

La question de la tolérance concerne le droit de ne pas adhérer à la religion dominante (p. 7). Kamen rappelle que la base de la tolérance chrétienne originelle correspond à la référence connue d’une séparation de l’Église et de l’État : « rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu » (Évangile de Matthieu, XXII, 21), mais aussi plus explicitement selon ce théologien de Carthage : « au IIIe siècle, Tertullien assurait que ‘selon la loi naturelle et la loi humaine, chacun est libre d’adorer qui bon lui semble. […] Il est contraire à la nature de l’esprit religieux d’imposer une religion’ » (pp. 8-9). On était tolérant jusqu’à un certain point : « quant à l’hérétique, après un premier avertissement et un second avertissement, romps avec lui » (Paul, Épître à Tite, III, 10). Mais cette situation n’a pas duré avec, à la fin du IVe siècle, la répression des chrétiens hétérodoxes après l’empereur Constantin (272-337) qui avait fait du christianisme une religion d’État pour l’Empire romain (pp. 11-12). Finalement, « les empereurs proscrivirent le paganisme et démolirent les autels » contre l’avis de Symmacus au sénat, en 384 : « il y a plus d’une voie pour atteindre le coeur d’un si grand mystère » (p. 13).

On connaît aussi la « campagne de saint Augustin [354-430] contre les donatistes d’Afrique du nord au début du Ve siècle » (p. 13) [donatisme : chrétiens intransigeants envers ceux ayant cédé aux anciennes persécutions romaines]. Même si Augustin disait : « credere non potest homo nisi volens » [l’homme ne peut pas croire contre son gré], il veut quand même contraindre les hérétiques, car « existe-t-il pour l’âme pire mort que la liberté de se tromper ? » (p. 14). Cette position constituera la doctrine justifiant la répression médiévale : « selon les scolastiques, l’erreur ne possédait aucun droit » (p. 20), le philosophe et théologien Abélard (1079-1142) fut condamné pour avoir toléré l’erreur de bonne foi, car « l’Église était le seul critère du bien et du mal » (p. 20). Mais Thomas d’Aquin (1224-1274), celui qui normalisa alors la doctrine postérieure de l’Église catholique en tentant de concilier foi et raison, tolérait l’erreur et la folie (idem).

Néanmoins, pour saint Augustin, seuls les hérétiques méritaient la mort (p. 17), « les non-chrétiens […] étaient complètement libres » (p. 19), d’où la présence de juifs à Rome (p. 20). Il n’en demeure pas moins que l’augustinisme justifie la répression avec une duplicité fréquente en la matière : « Il existe des persécutions injustes que les incroyants font subir à l’Église du Christ, et des persécutions justifiées dont les Églises du Christ peuvent faire usage contre les incroyants. L’Église persécute par amour, les incroyants par cruauté » (pp. 13-14).

De fait, il faudrait souligner que la question centrale, depuis Constantin jusqu’à la Renaissance et même après, sera celle du conflit entre le pape et l’empereur, sur la base de savoir si le pouvoir politique émane de Dieu : « au Ve siècle, le pape Gélase 1er [410-496, pape en 492] enseignait la dualité des pouvoirs spirituel et temporel, mais une dualité inégale […]. À la fin du XIIe siècle, sous Innocent III [1160-1216, pape en 1198], les prétentions théocratiques avaient atteint leur apogée […] : ‘le pouvoir royal tient de l’autorité pontificale la splendeur de sa dignité’. » Dans sa bulle ‘Unam Sacrum’ de 1302, Boniface VIII [1235-1303, pape en 1295] proclamait que tout pouvoir sur terre appartient à l’Église » (p. 15). Concrètement, les dissidents se cherchaient un protecteur et ils contribuaient donc à contester le pouvoir temporel (pp. 15-17). Il en résultait une tendance anticléricale, s’appuyant sur le pouvoir civil contre le pape, avec Machiavel (1469-1527) ou Guichardin (1483-1540), intellectuels dans la lignée de Marsile de Padoue (c.1275-1342) qui critiqua le pouvoir temporel du pape en distinguant loi divine et loi humaine (p. 22). Marsile accompagna les armées de Louis IV du Saint-Empire [1282-1347] en Italie dans sa lutte contre Jean XXII (1244-1334, pape en 1316), auquel cet empereur substitua un antipape Nicolas V (1275-1333, antipape en 1328, abdique en 1329). Mais les partisans de l’empereur devront rapidement céder la place devant la réaction des partisans du pape (cf. Wikipédia). Cette opposition (gibelins/guelfes) se maintiendra comme signature du conflit entre autorité civile et théocratique. En France, on parle de la différence entre ultramontains (partisans de l’autorité du pape) et de gallicanisme (Église limitée au spirituel).

La Réforme

Henry Kamen signale (p. 22) que la Réforme se situe donc dans la continuité d’une tendance « anticléricale », de par sa préférence pour le pouvoir civil contre la théocratie. Mais il faudrait plutôt dire que les arguments théologiques protestants servent les ambitions personnelles féodales, issues du morcellement de l’empire de Charlemagne. Les princes locaux professent un idéal d’unité, sous l’alibi de la religion, qui ne masque guère leurs ambitions d’hégémonies locales éventuellement expansionnistes. Mais la nécessité du pluralisme résulte de l’étendue même d’un empire, et c’est le maintien la paix civile qui permet à l’empire de subsister au-delà de la phase de conquête antique où les armées imposaient la pax romana ……………………………………………….

 

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Gordon Golding, Le Procès du singe: La Bible contre Darwin (2006)

Résumé

Ce livre sur le procès contre l’enseignement de la théorie de l’évolution révèle les subterfuges juridiques du débat et une explication surprenante du populisme d’alors et actuel, entre roublardise et formalisme.

Ce petit livre de Golding retrace minutieusement le contexte et le déroulement du fameux « Procès du singe » qui a vu s’affronter, en 1925, les adversaires et les partisans de l’évolutionnisme dans la petite ville de Dayton, dans le Tennessee. On avait également tiré un film, Procès de singe (Inherit the Wind) en 1960, réalisé par Stanley Kramer, à partir de cet épisode de l’histoire américaine qui éclaircit aussi au passage le mystère du populisme renaissant en ce début de XXIe siècle. Mais surtout, ce livre révèle les subterfuges qui caractérisent les interactions sociales américaines. Vu de l’étranger, on pourrait croire à une controverse intellectuelle plus authentique.

Golding commence d’emblée par nous surprendre en nous apprenant qu’« au cours des deux décennies qui suivirent la publication par Charles Darwin de L’Origine des espèces en 1859, la plupart des savants américains se convertirent à la théorie darwinienne » (p. 9), de même que l’opinion informée par des grands journaux d’opinion religieux modernistes ! La théorie de l’évolution n’était pas contestée ouvertement jusqu’à la Première Guerre mondiale. La parole dominante était le « Social Gospel » ou « christianisme social », pour lequel « les aspects surnaturels [de la Bible…] étaient jugés gênants » (pp. 10-11).

Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale qu’on assista à une « campagne contre l’enseignement de Darwin dans les écoles publiques américaines » de la part des protestants traditionalistes (p. 7). En particulier, William Jennings Bryan, trois fois candidat démocrate à la présidence des États-Unis, ancien ministre des Affaires étrangères de Woodrow Wilson, devenu prédicateur fondamentaliste, qui devait être un des acteurs principaux du « procès du singe », énonça les fondamentaux de la foi : 1) La Bible est inspirée par Dieu, ce qui justifie une interprétation littérale, 2) Jésus Christ est né de Marie réellement vierge, 3) il s’est sacrifié pour les hommes, 4) il est ressuscité, 5) il a fait des miracles, 6) il doit revenir sur terre au jugement dernier (p. 13). Golding devrait préciser qu’il s’agit du Nouveau Testament et que c’est plutôt la référence littérale à l’Ancien Testament qui faisait problème.

Les nombreux progrès techniques du début du XXe siècle avaient bouleversé le ritualisme de la vie traditionnelle, mobilisant les prédicateurs contre la modernité corruptrice (pp. 14-15), comme l’impudeur au cinéma (p. 24) en produisant une interprétation selon laquelle le péché avait été sous-estimé et l’amour surestimé par les partisans modernistes du Social Gospel (p. 17). La période postérieure à la Première Guerre mondiale avait confirmé cette impression que « la science s’est montrée capable de destruction et de mort » (p. 18)…………….

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Salafisme et radicalités

Résumé

Les djihâdistes sont-ils des salafistes incompétents ?

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L’excellent article de Feriel Alouti, intitulé : « Zakaria, Karim, Raphaël : comment leur chemin de djihâdistes a croisé le salafisme », dans le Médiapart du 24 janvier 2016, offre des éléments importants pour traiter la question de la radicalisation. Il rapporte aussi les propos de Samir Amghar, spécialiste du salafisme à l’Université libre de Bruxelles :

« Depuis quand a-t-on besoin d’être un expert du Coran pour se considérer comme un bon musulman ? On n’a pas besoin de lire Marx pour être un militant d’extrême gauche ou Mein Kampf pour être un néonazi »

Nuançons. Le fait de lire Marx ou Hitler n’empêche pas non plus d’être un extrémiste. C’est le problème de toutes les idéologies, justement. Mon analyse de …

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Repentance islamique

Résumé

Avec « Not in my name », contre les crimes de l’État islamique en Irak et en Syrie, la question s’est posé de demander aux musulmans de se démarquer du terrorisme. Le fait est que l’islam a mauvaise presse actuellement. La pente ne sera pas facile à remonter contre ceux qui jettent de l’huile sur le feu de part et d’autre.

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Quand on parle d’islamophobie, il ne faut pas se voiler la face 🙂 ! La question concerne bien l’image de l’islam depuis une trentaine d’année, soit celle de l’immigration, soit celle des pays d’origine ou du Moyen-Orient. Les excès terroristes récents de l’État islamique en Irak Lire la suite « Repentance islamique »

Islamophobie… ou non ?

Résumé

Les questions que pose l’islam dépendent des représentations qu’on se fait de la culture, et des compétences sur le sujet. Certains paradoxes du relativisme et de l’universalisme ne sont pas résolus avant les confrontations en cours. Mais la culture intellectuelle n’est pas la culture politique.

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Un débat vient d’avoir lieu, sur Médiapart, à la suite de la publication de témoignages de femmes musulmanes, voilées ou non (« Cinq femmes racontent l’islamophobie ordinaire »). Elles y parlaient de ce qu’elles éprouvent devant la nécessité permanente de devoir se justifier de leur voile ou simplement de leur religion. Leur discours est assez nuancé. L’une d’entre elles dit qu’elle ne ressent pas forcément de l’islamophobie, mais plutôt une sorte de pression permanente. Il n’est pas difficile de comprendre que ce soit gênant. Et justement, les très nombreux commentaires (plus de 900) et de nouveaux billets de blogs qui s’en sont suivi confirment cette injonction de se justifier ou de se conformer aux « valeurs occidentales » ou françaises. On peut donc considérer que les faits rapportés par les témoignages sont établis. Il ne s’agit pas d’un fantasme. Lire la suite « Islamophobie… ou non ? »

Caricatures de caricatures

Résumé

La surenchère du film anti-islam et des caricatures de Mahomet nous joue le choc des civilisations : liberté contre censure. Mais qui maîtrise vraiment la question du pluralisme (religieux) aujourd’hui ?

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Caricature de critique

L’affaire du film L’innocence des musulmans, comme l’affaire des caricatures de Mahomet, a déjà causé plusieurs morts, après celles de l’attaque de l’ambassade américaine en Libye. Le film est une charge caricaturale contre l’islam où le prophète Mahomet est présenté comme un tyran, violent, pédophile, etc. L’auteur de ce brûlot a, semble-t-il, engagé des acteurs avec un faux scénario et a fait un doublage pour diffuser son message. On parle de droit de caricature et de liberté d’expression. Mais l’auteur du film, qui a été d’abord présenté comme un Israélien, semble être un Copte égyptien fanatique anti-islam. Son but est à l’évidence de provoquer un clash contre les musulmans, en mettant les Israéliens ou les Coptes d’Égypte dans le coup. À moins qu’il ne s’agisse d’une sorte de Sacha Baron Cohen inconscient.

Un autre cas de déchaînement de violence avait eu lieu quand le pape Benoît XVI a fait son discours de Ratisbone en 2006. Il avait, lui aussi, insinué que les musulmans étaient violents et fanatiques (en citant l’Empereur byzantin Manuel II Paléologue) alors que le christianisme serait la continuation de raison et de la philosophie grecque. Aujourd’hui, à l’occasion de son voyage au Liban, c’est un peu culotté de sa part Lire la suite « Caricatures de caricatures »

Onfray démasqué !

Résumé

Michel Onfray est accusé d’être un antisémite parce qu’il applique son athéisme militant au judaïsme. L’université s’en mêle. Au bûcher l’hérétique !

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C’est la nouvelle polémique de l’été. Michel Onfray a publié un long article dans Le Point du 7 juin 2012 pour faire l’éloge du livre de Jean Soler, Qui est Dieu ? (éditions de Fallois). Soler y dénonce les six idées reçues sur les monothéismes et Onfray l’en félicite. Ce livre reprend l’exégèse athée des monothéismes en ciblant tout particulièrement l’Ancien Testament et à la religion juive. En en faisant la promotion, Onfray confirme donc les soupçons de ceux qui l’avaient accusé Lire la suite « Onfray démasqué ! »

Persépolis contre Carthage

Des manifestations islamistes ont eu lieu, en Tunisie, contre la diffusion du film Persépolis (2007), de Marjane Satrapi. Juste après la Révolution de jasmin, cela a déclenché une certaine inquiétude devant la montée du péril islamiste et les tentations hégémoniques du parti Ennahda qui est arrivé largement en tête aux élections. C’est sans doute, avec la déclaration des insurgés libyens en faveur de la charia, ce qui a motivé Charlie hebdo, renommé Charia hebdo pour la circonstance, de faire une couverture représentant Mahomet disant : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas mort de rire ». Cela a valu au journal satirique un attentat qui a détruit ses locaux, à Paris dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011. Malgré quelques réprobations de l’attentat, certains représentants des musulmans français se sont quand même élevés contre le fait de représenter le Prophète. Or, il se trouve que la colère des islamistes tunisiens avait précisément le même genre de motif. La réalisatrice iranienne aurait représenté Dieu (Allah pour les intimes) comme un vieillard barbu. Ce qui est interdit par la religion musulmane.

Dans le cas de Charlie, les dessinateurs n’ont évidemment pas à se plier à une injonction d’une religion à laquelle ils ne croient pas. On peut concevoir qu’un croyant soit choqué par certains traitements de sa religion. Mais il devrait comprendre qu’il s’agit d’un point de vue extérieur, éventuellement mal informé (pour expliquer les erreurs factuelles). Il n’y a pas de raisons qu’une norme culturelle soit partagée a priori, et les interdits du croyant ne peuvent pas, par définition, s’appliquer aux incroyants. Sinon, toutes les religions du monde pourraient imposer leurs rituels à toute la planète. Ce qui reviendrait à une conversion forcée et à un syncrétisme généralement contesté par les croyants eux-mêmes.

Pour le cas de Persépolis, on peut admettre qu’il s’agit bien d’un blasphème si la réalisatrice est de culture musulmane. On peut argumenter qu’il s’agit de la vision d’une petite fille, qui voit Dieu comme une sorte de grand-père. Mais il n’est pas illégitime de faire remarquer à la réalisatrice qu’elle commet une grosse bourde culturelle. Ce qui pour un intellectuel (que sont les religieux dans un contexte non laïque) équivaut bien à un blasphème. Cela peut aussi s’apparenter au constat d’une conception populaire qui indique que l’idéal musulman abstrait n’est pas réellement assimilé. Ce phénomène, frisant l’hérésie, avait été constaté par les études de sociologie religieuse quand les prêtres se sont souciés de faire des enquêtes sur l’assimilation réelle des dogmes catholiques.

Une autre explication de cette erreur est l’influence de l’imagerie chrétienne, du fait de l’hégémonie occidentale. Les médias actuels tendent aussi à imposer une représentation visuelle. Du fait de la mondialisation culturelle, une image disponible s’impose forcément à un objet qui en manque. Si on y pense, l’interdit de l’image rejoint le rejet de la télévision par certains intellectuels. Ils préfèrent eux aussi la civilisation du livre qui valorise l’abstraction. L’image correspond à une forme populaire d’expression des idées, où un puriste peut voir une altération, comme la mise en image d’un roman limite la représentation à l’interprétation du réalisateur.

L’islam est un monde qui avait réussi à maintenir l’interdit populaire de la figuration. C’est difficile à concevoir pour un Occident qui en a fait, au contraire, une forme d’idéal. Sur le plan culturel, la question se pose de savoir à quoi correspondent l’« imaginaire » populaire dans un système sans images. Est-ce le règne de l’algèbre contre la géométrie ?

Vouloir imposer une disparition des images semble être un rêve d’intellectuel qui ne comprend pas que l’abstraction n’est pas accessible à tout le monde. Sur le plan social, cela correspond à l’existence d’une masse inculte absolument contrôlée par une élite. S’ajoute le point, que j’ai déjà signalé, de l’ancienne clôture religio-culturelle des civilisations. Ces conditions ne sont structurellement plus possibles du fait de l’éducation de masse et de la mondialisation, qui portent à la connaissance de tous l’existence d’autres cultures.

Sur le plan concret, les islamistes n’ont pas compris le fonctionnement de la société médiatique actuelle. La censure, qui existait encore dans les années soixante-dix en France, n’est pas, de nos jours, le meilleur moyen d’interdire la diffusion d’une oeuvre dans le grand public. On se demande bien pourquoi d’ailleurs. Le meilleur moyen de censure est de ne pas en parler et de noyer le public sous des torrents de conneries. À supposer qu’un film soit jugé subversif, ce qui est largement une illusion d’intellectuels, il servira de moyen de légitimité culturelle à une petite élite de cinéphiles. Au mieux, s’il trouve une diffusion plus large, il sera apprécié sur le plan esthétique ou comme provocation. Cette exploration formelle sans réelles conséquences est précisément la fonction de l’art.

 

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