Résumé
La notion de post-vérité a finalement assez perturbé les philosophes. Ceux qui croient pouvoir relever le défi, au nom sacro-saint de la politique, s’empêtrent dans les contradictions habituelles de la métaphysique ou de la morale. C’est normal, puisque le fact-checking relève des sciences sociales.
Le premier décembre dernier, à propos de la campagne présidentielle américaine qui a vu l’élection de Trump, a paru dans Libération, un article de Michaël Foessel, professeur de philosophie à l’École polytechnique, « Après la vérité ? » (qui a été mis à jour le 17 janvier 2017). Cet article peut se résumer à son chapeau : « Si la politique est entrée, avec Trump, dans l’ère de la téléréalité, cela ne signifie pas que la vérité constitue un bon critère pour évaluer la santé d’une démocratie. » Son contenu montre la confusion qui règne sur ces questions dans les plus hautes sphères académiques (j’ai déjà analysé l’opposition entre Laugier et Engel), confusion qui aurait plutôt tendance à excuser, comme je le disais, les errements des politiciens.
L’article de Foessel commence doucement, mais il met déjà la puce à l’oreille :
« On parle beaucoup ces temps-ci du divorce entre la politique et la vérité, le plus souvent pour s’en plaindre. La post-truth politics marquerait une nouvelle étape dans l’abaissement du débat public abandonné à des démagogues indifférents aux faits et prêts à toutes les manipulations verbales pour s’attirer quelques voix supplémentaires. »
La banale réalité est plutôt que la critique de la démagogie est une thématique très ancienne. Pour une fois qu’un prof de philo ne parle pas de la Grèce antique, alors que ce serait justement approprié, on se dit que ça sent l’embrouille intello. Il va nous la jouer contre-emploi. Mais, bon, on attend de voir, c’est le jeu. Chacun rédige son intro comme il veut. Mais on s’attend quand même au pire.
Comme l’indique la formule connue sur « l’abaissement du débat public », les démagogues n’ont jamais eu bonne presse (puisque l’instrument des démagos est justement la mauvaise presse) et il existe bien un idéal de sincérité des comptes, quoique très théorique de la part des politiciens. C’est plutôt de cela qu’il faudrait partir pour ne pas dire complètement n’importe quoi. Les fake news ont une longue histoire, comme le rappelait Robert Darnton : « On retrouve tout au long de l’histoire l’équivalent de l’épidémie actuelle de « fake news » » (Le Monde, 20 février 2017).
On a immédiatement confirmation de la frivolité du raisonnement de Foessel par ce qui suit :
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