Résumé
Mettre en scène la recherche ou la vente de biens immobiliers est presque un tour de force vu la situation désespérante du marché français. Stéphane Plaza nous offre une forme de sociologie de sa profession en nous confrontant aux vicissitudes du terrain. Mais ces émissions de téléréalité nous renvoient finalement à la nécessité d’une distanciation plus réaliste.
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Ces derniers mois, j’ai suivi quelques émissions de « téléréalité professionnelles », généralement américaines, qui ont plus ou moins remplacé quelques émissions documentaires techniques (construction, aviation, etc.) que j’avais l’habitude de regarder. L’intérêt de cette téléréalité professionnelle est de nous montrer la pratique concrète de certains métiers souvent inhabituels (chercheurs d’or ou de pierres précieuses, constructeurs de maisons en bois, trappeurs, conducteurs de poids lourds, brocanteurs, motoriste, etc.) dans des environnements parfois assez spectaculaires (Grand Nord, Australie, Ouest américain…). Les autres types d’émissions de téléréalité mettent plutôt les participants dans des situations expérimentales de cobayes en poussant aux conflits psychologiques. Je peux concevoir que cela puisse intéresser certaines personnes. L’équivalent correspond aux études expérimentales du comportement animal alors que je préfère l’éthologie en milieu naturel. L’inconvénient me paraît être la scénarisation plus ou moins poussée, qui tend à rapprocher ces émissions de téléréalité psychologiques des émissions de jeu traditionnelles.
Un représentant français de cette téléréalité professionnelle est celle des émissions immobilières de Stéphane Plaza, qui présentent l’activité d’agent immobilier sous deux formes, « Maison à vendre » : une aide à la vente de maisons qui ne trouvent pas preneur, et « Recherche appartement ou maison » : une compétition entre trois agents immobiliers pour essayer de satisfaire des acheteurs ou plus rarement des locataires. On constate que le second type d’émission retrouve la forme des émissions de jeu, mais il s’agit (en principe) de véritables professionnels dans le cadre de leur métier réel. Cela correspond plutôt à une course automobile véritable plutôt qu’au côté artificiel d’une course de garçons de café.
Évidemment, il pourrait s’agir d’une scénarisation partielle ou même complète, avec de faux agents immobiliers ou de faux clients. On trouve ce principe dans les reconstitutions d’enquêtes policières, plus ou moins romancées, puisqu’il existe aussi des émissions ou des téléfilms de ce genre. Notons que les fictions en général relèvent également de la mise en scène d’événement ou d’éléments plus ou moins réalistes. Concrètement, l’effet de réalité souhaité dans la fiction consiste bien à utiliser ou reconstituer des éléments réels, décors, costumes, comportements, paysages, etc. Un principe de la fiction est aussi de montrer quelque chose de plus ou moins occulté, aussi à travers la pratique de professionnels (des policiers en particulier). Dans les années 1970, un de mes professeurs de sociologie rappelait ce lieu commun de l’époque selon lequel « on ne montrait pas la mort » au cinéma ou à la télévision. Les temps ont bien changé. On ne meurt plus en disant « ciel, je suis touché ! », mais le sang gicle de partout (on massacre à la tronçonneuse) et, depuis quelques années, la mode est à la médecine légale qui expose les viscères des cadavres.
Dans les émissions de Plaza, il m’est arrivé d’avoir des doutes. Bien sûr, il est probable que les participants sont coachés pour les faire s’exprimer de façon plus vivante. Outre les coupures au montage, les techniciens doivent sans doute refaire des prises à l’occasion (comme le montrent les bêtisiers de temps en temps). Ça, c’est normal. Mais la question est quand même de savoir si les vendeurs ou les acheteurs sont bien toujours des personnes qui veulent vraiment vendre ou acheter. Il pourrait s’agir d’acteurs ou de simples amateurs à qui on a demandé de jouer ces rôles, au moins pour boucher les trous. La différence, puisque évidemment un acteur peut reproduire une histoire ayant bien existé (c’est une des facettes de son travail), consisterait dans le fait que les exigences des acheteurs ou des vendeurs pourraient être fabriquées ou simplement irréalistes en ne correspondant pas à leurs moyens financiers ou à l’état du marché. Remarquons que c’est aussi le cas des participants et c’est bien un des leitmotivs de ces émissions.
Le premier intérêt documentaire consiste justement à inciter les acheteurs et les vendeurs au réalisme. Évidemment, les uns et les autres veulent acheter ou vendre au meilleur prix. On pourrait d’ailleurs remarquer a priori que si la maison est proposée à la vente pour pouvoir en acheter une autre, ce qui est souvent le cas, il suffira d’essayer d’obtenir un rabais à l’achat équivalent à celui qu’on accepte de consentir à la vente. Cela relativise la notion de marché à celle de bulle.
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