Affaire Weinstein reloaded


Résumé

L’affaire Weinstein, un harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma, a été dénoncée grâce aux réseaux sociaux. Mais, après un emballement médiatique, un manifeste publié par cent femmes sous le titre provocateur de « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » a déclenché une polémique visant tout particulièrement Catherine Deneuve qui l’avait signé. Le point essentiel était la critique de la stratégie de victimisation. Il faut préciser explicitement le cadre spécifique des relations sexuelles pour comprendre vraiment le phénomène.

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La dénonciation des harcèlements sexuels répétés de la part du producteur de cinéma Harvey Weinstein a déclenché une campagne mondiale de dénonciation des harceleurs grâce aux réseaux sociaux, avec les hashtags #balancetonporc et #metoo. C’est assez logique puisqu’Internet procure une audience universelle immédiate qui a l’avantage, dans ce genre de circonstances, d’empêcher d’étouffer l’affaire au bénéfice exclusif du harceleur. C’est une situation nouvelle. On l’avait déjà caractérisée comme la fin de la vie privée et la fin du secret de l’instruction pour les affaires pénales (« le public a le droit de savoir » comme on dit dans les films). C’est la réalisation concrète du village global dont parlait le spécialiste des médias Marshall McLuhan (1911-1980) dans les années 1960.

Bizarrement, certains ont tout de suite considéré qu’il s’agissait de délation, avec le sens particulier que prend ce mot en France, comme si dénoncer des harceleurs ou des violeurs équivalait à une dénonciation de juifs sous le nazisme. Cette analogie simplement verbale repose sur une limitation du vocabulaire au symbolique. La dénonciation de scandales en général correspond plutôt à la question des lanceurs d’alerte, avec le même problème de protection de celles ou ceux qui ouvrent leur gueule ou qui résistent aux plus puissants qu’eux. La catégorisation sociologique correcte à laquelle il faut faire face est celle de l’omerta qui règne dans certains milieux officiels ou professionnels en particulier.

Le seul vrai problème est la dénonciation calomnieuse. L’Internet est aussi devenu un moyen de harcèlement habituel, spécialement entre jeunes, en donnant une audience générale aux ragots et aux vengeances privées, que certains s’empressent de répercuter méchamment. On peut aussi craindre qu’une simple blague sur des sujets sexuels soit prise au mot par les réseaux sociaux et soit amplifiée démesurément sans possibilité de revenir en arrière et reste en ligne éternellement. On a constaté aussi des cas d’erreurs sur la personne dans des dénonciations sur Internet (récemment dans le cas d’une manifestation de racistes aux États-Unis). Ce phénomène peut s’augmenter de certains qui s’identifient aux victimes en inventant des agressions imaginaires. Cela s’est vu récemment sur les questions d’antisémitisme et de racisme et on a même vu des cas de ………………………………

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Parlez-vous féministe ?


Résumé

La guéguerre politico-médiatique à propos de l’écriture inclusive escamote le vrai débat sur la féminisation en français. La confusion et l’incompétence empêche régulièrement de traiter réellement les questions posées.

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Une nouvelle polémique inutile a eu lieu à propos d’une « écriture inclusive » qui prétend manifester davantage la présence des femmes, en particulier dans les écrits officiels et surtout académiques, pour mieux éduquer les jeunes à l’égalité des sexes. De façon plus circonscrite, la polémique consiste à nier la valeur de neutre du masculin en grammaire française, ce qui est toujours possible, quoique discutable (on peut vouloir changer la pratique, mais c’est bien une des fonctions actuelle du masculin).

Comme toujours, dans ce genre de faux débat, chaque camp argumente seulement à charge, dans un jeu de rôle qui semble formaté pour les débats télévisés. Les partisans de la réforme affirment d’habitude que les rôles sexuels sont socialement « construits », alors que ce sont surtout les débats qui le sont ! Mais la vraie spécificité du débat repose sur la croyance au rôle psychologiquement et idéologiquement fondateur du langage, qui consiste à affirmer que « le langage n’est pas neutre ». Si je comprends bien, cela signifie donc qu’il devrait l’être : si le langage a un rôle déterminant, psychologique ou social, il faudrait plutôt en déduire qu’il n’est pas légitime de marquer sans arrêt les sexes, comme s’il devait y avoir une différence à souligner ! Le contresens est total.

L’idée que le langage a un rôle important sur la distinction et la perpétuation du statut inférieur des femmes est facile à démontrer comme fausse puisque les nombreuses langues qui n’ont pas de féminin grammatical ont à peu près les mêmes traditions d’inégalités sexuelles. Au contraire, en français, on pourrait envisager qu’une des explications de la réussite scolaire des filles a bien une origine linguistique puisqu’elles pratiquent davantage les accords en genre, qui sont une des principales sources de fautes d’orthographe et un des critères d’analyse grammaticale pour comprendre la phrase. Quand on analyse une situation, il faut le faire de façon correcte, contrairement à une approche inspirée de la critique « de classe » qui a abruti toute la génération stalinienne.

Sociologie et linguistique

Il faut être clair. Personne ne pense que la condition féminine américaine ou anglaise, chinoise, japonaise, arabe, indienne, etc., dépend de leur langue où il n’y a pas de féminin grammatical. Ceux qui prétendent le penser nient dogmatiquement une réalité qu’ils connaissent pourtant parfaitement (ce phénomène est un trait scolastique fréquent). Mais personne ne les croit même si leurs étudiants sont obligés de faire semblant, et les autres ne sont pas obligés de s’y soumettre puisqu’ils n’ont pas d’examens à la fin de l’année. La condition féminine est une question sociologique et le débat devrait être clos avant d’avoir commencé. Mais le débat a eu lieu, de la part de faux universitaires qui prétendent donc justifier cette imbécillité par leur statut. Sokal et Bricmont avaient parlé d’Impostures intellectuelles (1987) à propos d’auteurs de la même trempe. Le véritable problème de l’université est qu’elle se ……………………………………………………….

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Conte immoral féministe

Résumé

Une certaine victimisation féminisme aboutit à des résultats contradictoires. Il faudrait quand même s’en apercevoir !

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Dans ce contexte de post-vérité et de complotisme, on en vient à douter de tout. La revue en ligne Slate a publié un conte féministe qui m’a mis la puce à l’oreille. La journaliste de Slate, Charlotte Pudlowski, l’introduit en citant l’écrivaine et réalisatrice Virginie Despentes, qui parle « des mécanismes d’oppression que l’on ressent, sans forcément l’intellectualiser ou l’analyser, quand on est une femme […pour…] plaire aux hommes », dont il découle qu’« entre la féminité telle que vendue dans les magazines et celle de la pute, la nuance [lui] échappe toujours ». Bien que spécialiste du sujet, Despentes confond peut-être sexualité et sexisme. D’autant que celles « qui couchent avec des hommes vieux, laids, chiants, déprimants de connerie, mais puissants socialement » ont bien effectivement tendance à faire la pute.

De fait, l’histoire en question : « Un soir, Ariane a rencontré un homme qui l’a poussée à faire un choix délicat », un livre audio d’« audible.fr » confirmerait plutôt le diagnostic putassier (au lieu d’évoquer le drame cornélien du « Choix de Sophie » implicite au titre. Faut pas déconner non plus !).

L’histoire se présente comme un témoignage audio assez réaliste, quoique peut-être un peu trop écrit, sur les mésaventures d’une jeune fille qui nous raconte ses ambitions contrariées de comédiennes. Après avoir évoqué une enfance au Mans, comme modèle d’ennui provincial, illuminée par des cours de danse et une sélection à dix ans pour un casting d’un film institutionnel d’EDF, finalement annulé, Ariane se console en brillant dans des cours de théâtre. De retour à Paris où elle était née, elle a l’impression d’avoir des années de retard, se croit bonne parce qu’elle a été présélectionnée pour une pièce, mais s’aperçoit que les autres sont plus fortes et plus motivées : « première au Mans, dernière à Paris », d’autant qu’elle ne veut pas abandonner ses études.

Un jour, Ariane croit se faire draguer dans le métro par un Éric Magnum moche qui lui propose un casting. Elle le snobe, mais le revoit au théâtre où elle allait. Se dit qu’elle a raté sa chance. L’aborde à nouveau, et il lui donne un contact pour une comédie musicale. Prise de doutes, elle ne va pas au rendez-vous, mais voit ensuite le nom dont le mec parlait sur une affiche. Elle téléphone en s’excusant. On lui donne rendez-vous dans un café des Champs Élysées. L’homme lui explique un principe de recrutement systématique des comédiennes en échange de faveurs sexuelles.

Bon. Dans une interview où on lui demandait

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