Un Brexit pour rien… Ou pas ?

Résumé

Les adversaires de l’Europe, avec le Brexit, ont provoqué un test grandeur nature. Il va leur falloir en assumer les conséquences, à moins qu’ils souhaitent que rien ne change. Une redéfinition de la démocratie est en cours.

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Le vote britannique du 23 juin 2016 pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a apparemment surpris tout le monde. On se demande bien pourquoi ! Non que le résultat ait été assuré. Justement, il était incertain dès le départ, plus ou moins à 50/50, même si les adversaires du Brexit étaient sans doute trop confiants, comme la suite l’a montré. On avait également connu ça avec le référendum français sur le Traité constitutionnel européen de 2005 qui a donné le même résultat pour les mêmes raisons. L’opposition à l’Europe de Bruxelles, pour de multiples causes parfois opposées, est devenue un moyen de contester la classe politique en général, les décisions spécifiques de l’UE, ou simplement de manifester un mécontentement diffus ou intéressé.

La première anomalie de ce référendum britannique résidait dans le fait que le Premier ministre anglais qui l’avait proposé, David Cameron, était lui-même opposé au Brexit. On pourrait le créditer d’un respect de la démocratie. Mais tout le monde sait bien qu’il ne s’agissait que d’une promesse électorale pour attirer les voix des opposants à l’UE au moment de son élection à ce poste. Il a tenu sa promesse. Bon. Mais ce n’était pas sa politique personnelle et il n’aurait pas été élu s’il avait dit ce qu’il pensait de cette question.

La situation est d’ailleurs la même pour les opposants à l’UE. Ils ont gagné, mais il n’y a pas de « plan B », comme pour le précédent français du Traité constitutionnel. Le leader du Brexit, Boris Johnson, a jeté l’éponge pour le poste de Premier ministre, laissé à Theresa May, pourtant une adversaire du Brexit. La réalité est simplement que les politiciens font des coups pour favoriser leur carrière en disant n’importe quoi. Les électeurs croient ou font semblant de croire que le contenu importe et se plaignent ensuite que les politiques ne respectent pas leur parole. La réalité est plutôt qu’ils demandent qu’on leur mente. Le principe réel de la politique est le fameux TINA de Margareth Thatcher : « There is no alternative ! » parce que les marges de manoeuvre des politiques sont faibles et que « l’État ne peut pas tout » comme disait Lionel Jospin. Ceux qui croient le contraire se trompent.

L’affaire du Brexit a montré immédiatement l’absence d’alternative (à part évidemment celle de qui est élu à la place d’un autre). La première question n’est pas de savoir si…

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Finkielkraut fait Le Point

Résumé
La France de Finkielkraut dévoile ses insuffisances au grand jour. L’imposture est quantifiable.

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Finkielkraut le Maudit, qui se dit marginalisé et politiquement incorrect, fait la une du Point du 9 avril 2015, après avoir été élu à l’Académie française l’an dernier. L’hebdomadaire ironise sur ce délire de persécution : « Le Mécontemporain est devenu majoritaire. Mais, chut, n’allez surtout pas le lui dire, car vous déclencheriez un torrent d’invectives. » Lèches bottes ! Il faut dire la vérité aux malades. Les autres doivent enregistrer les données disponibles.

Finkielkraut/Le Point

Puisque j’ai contribué à la finkielkrautologie nécessaire, rappelons que j’ai eu l’occasion d’écrire que la Défaite de la pensée (1987) est d’abord la sienne. Le Point notera correctement que Finkielkraut est passé entre temps de l’universalisme à l’identitarisme, avec son dernier livre de 2013, L’identité malheureuse. Cette trajectoire était précisément le propos du premier livre, qui aurait dû plutôt s’appeler La défaite de l’universel, si l’édition et la philosophie médiatique ne donnaient pas dans l’hyperbole aguicheuse. Un titre plus exact aurait permis d’éviter la sorte de justification de cette évolution qui semble avoir cours aujourd’hui. Contresens fatal. C’est aussi le drame de cet auteur qui maîtrise finalement assez mal les références qu’il affectionne tant.

J’avais aussi remarqué qu’il n’avait pas trop mal décrit le phénomène du « juif imaginaire » (son livre de 1981), qui s’identifie à un malheur qui n’est pas le sien, avant de devenir lui-même l’un d’entre eux. Finkielkraut a décidément inventé le genre de l’autosociologie involontaire et prémonitoire.

Mais l’article du Point, malgré ses lucidités, sert quand même la soupe… à la grimace. Notre nouvel académicien invoque Charb qui disait « J’ai moins peur des intégristes que des laïques qui se taisent » (notons que les événements, et la mobilisation, lui ont donné tort). Et Finkielkraut nous ressert une louche de son brouet habituel : « La laïcité doit désormais répondre du délit d’islamophobie » contre les précautions prudentes des politiques pour éviter les amalgames.

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Badiou : Qu’est-ce qu’un peuple ?

Résumé

Un recueil d’articles qui se pose une fausse question et se noie dans un verre d’eau trouble.


Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière, Qu’est-ce qu’un peuple ?, ed. La Fabrique, Paris, 2013, 144 p.


Étrange recueil d’articles qui, en tournant autour du pot, fournit une bonne illustration de ce que peut produire l’analyse des productions intellectuelles, dont la première caractéristique relève du simple phénomène éditorial qui profite d’une actualité. En l’occurrence, ce petit recueil peut aussi se réduire à une paraphrase inutile du dernier article, celui de Rancière : « L’introuvable populisme », paru initialement le 3 janvier 2011 dans le quotidien Libération, qui avait l’avantage de répondre à la question. Ce n’était pas de savoir ce qu’était un peuple !

L’approche philosophique a un défaut récurrent. Sa prétention méthodologique à donner des définitions lui fait confondre la chose avec le mot. À la rigueur, on peut admettre qu’une enquête des usages linguistiques peut servir d’angle d’attaque, encore que ce soit un vieux truc de dissertation scolaire. Et même, on ne se plaindrait pas de cette humilité devant les usages, si on ne constatait pas, tout aussi empiriquement, la sélection d’une acception déterminée qui fait soupçonner un a priori parfaitement arbitraire, mais qui n’est pas dû au hasard, ni à l’objet, puisqu’il correspond en fait, ça tombe bien, à l’idée fixe de chaque auteur. Chacun voit midi à sa porte.

Le premier article d’Alain Badiou, « Vingt-quatre notes sur les usages du mot peuple », note le retour de l’invocation du peuple dans le discours politique. Badiou semble un peu trop se polariser sur des connotations, qu’il perçoit, en bon dialecticien Lire la suite « Badiou : Qu’est-ce qu’un peuple ? »

Richard Millet: Langue fantôme (2012)

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Outre ses obsessions identitaires, Richard Millet, dans Langue fantôme, confond l’idéalisation de la profondeur littéraire avec les mondanités décadentistes. Son style est la mise en forme de ces clichés éculés qui ratent systématiquement le début d’analyse que Millet pourrait produire si ses mots avaient un sens. C’est presque un cas d’école.

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Richard Millet : Langue Fantôme, suivi de : Éloge littéraire d’Anders Breivik, ed. Pierre Guillaume de Roux, Paris, 2012, 120 p.

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Puisque le mois dernier, j’ai commenté les dix-huit pages de l’Éloge littéraire d’Anders Breivik, autant amortir mon achat (on ne m’envoie pas les livres en service de presse) en jetant un coup d’oeil à Langue Fantôme.

Entre autres insignifiances, Richard Millet croit bon de déplorer qu’Umberto Eco ait allégé son roman Le Nom de la rose en enlevant les citations latines et autres coquetteries érudites. Eco les avait pourtant signalées comme telles (pour « faire médiéval ») dans la version initiale. Accordons que cette purge était inutile. Mais pas de quoi chier un pendule (de Foucault). Lire la suite « Richard Millet: Langue fantôme (2012) »

Le FN, l’immigration, et les demi-mesures

La récente publication du livre de la journaliste Claire Checcaglini, sur son infiltration dans le Front national, l’a montré. La dédiabolisation du FN qui prétend s’appuyer sur la défense du peuple, de la classe moyenne, ou de la classe ouvrière et un leurre qui masque la persistance du discours anti-immigration, raciste et antisémite. Le programme social du FN est toujours celui qui lie le chômage et l’immigration, comme le discours nazi liait le chômage allemand de l’Entre-deux-guerres et les juifs.

Il faudrait d’ailleurs remarquer à ce propos que le chômage était bien plus important à l’époque. Et la Grande crise frappait les Allemands sans distinction, parce que c’est comme ça que la question se posait alors. Ce sont les nazis qui faisaient des distinctions entre les Allemands selon leur religion. Les juifs allemands étaient autant « de souche » que les autres. On peut constater qu’on adopte aujourd’hui les classifications nazies pour parler des juifs, en se prétendant laïques. On est bien dans le schéma culturel du Front national.

Car ne l’oublions pas. Le chômage en France frappe bien davantage les enfants d’immigrés que les Français de souche blancs. « Blanc, normal », comme disait Coluche dans « L’histoire d’un mec ». C’est davantage la « peur » du chômage qui touche les classes populaires blanches. Le chômage réel concerne plus spécifiquement les fermetures d’entreprises et d’usines. Elles touchent d’ailleurs des anciens fils d’immigrés ou les immigrés récents qui y travaillent. Ce phénomène concerne la nouvelle division internationale du travail qui n’est certainement pas de la responsabilité des immigrés. Comme je l’ai déjà dit, si on y réfléchit un peu, les immigrés auront plutôt été, au cours des années 1960-1990, le moyen d’éviter les délocalisations par une importation de main-d’oeuvre, pour produire à bas coût sur le territoire national, en permettant aux métropolitains de profiter d’une promotion sociale.

Ce sont aussi les immigrés récents qui ont supporté le chômage par la non-intégration de leurs enfants depuis les années 1980. Les chiffres du chômage sont faux. Outre la discussion habituelle sur les méthodes de mesure, quand on parle de 10-15 % de chômeurs, on parle en fait de 5 % de chômage chez les Français de souche blancs, et de 30-50 % de chômage dans les banlieues. Comme je l’ai déjà souligné, on constate la différence avec ce qui se passe dans les pays comme l’Espagne ou la Grèce. En l’absence d’une forte immigration, c’est la jeunesse « de souche » qui est exclue du monde du travail (les immigrés sud-américains en Espagne sont considérés comme culturellement proches). On voit ici l’avantage des statistiques ethniques pour comprendre certains phénomènes.

Il faut souligner aussi que les Beurs français, toujours considérés comme des immigrés, ont généralement grandi en France. La fameuse « Marche des Beurs » date de 1983, il y a presque trente ans. Si on considère qu’ils avaient à l’époque entre 15 et 30 ans dans leur grande majorité, ils ont donc maintenant entre 45 et 60 ans ! Certains doivent être grands-parents aujourd’hui. Et on parle toujours d’« intégration », à droite et à gauche. Le discours d’extrême droite est décidément bien la norme.

Puisqu’il en est ainsi, autant y aller franco ! C’est le cas de le dire. Le discours du FN considère que l’immigration est une force de travail temporaire qu’on tolère quand on en a besoin, dans l’intérêt national, et envers laquelle on n’a aucune obligation, même pas les prestations sociales légales pour lesquelles ils cotisent. C’est une conception « sociale » et « populaire » un peu spéciale. Mais passons ! Puisque ce discours est la norme, appliquons-le jusqu’au bout. Les mines de charbon qui ont fait la force de l’industrie française ont fermé depuis longtemps. Les usines automobiles sont délocalisées. Il est temps de se concentrer sur les produits de luxe et à forte valeur ajoutée. Les immigrés polonais, espagnols, portugais, italiens et autres nous ont bien été utiles. Certains d’entre eux comme Montant, Reggiani, De Funès et autres nous ont bien divertis. Mais ce n’est pas la peine que leurs rejetons s’incrustent inutilement. On ne leur doit rien. On doit réserver les emplois aux Français de souche. Pas de politiquement correct… On peut renvoyer aussi chez eux les « juifs étrangers », comme en 40. Et franchement…, tout ces Pieds-noirs qui « ont choisi » la France et qui ne sont décidément toujours pas intégrés cinquante ans après… Les trois points graphiques sont un hommage à Céline.

Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi tenir compte de l’immigration intérieure des régions françaises vers la capitale ou les anciens bassins d’emploi. Ce que nous avait très bien montré le démographe protectionniste Emmanuel Todd. Les Occitans des années 1970 voulaient vivre et travailler au pays (« Volem viure e trabalhar al païs »). Qu’ils retournent chez eux, avec les Bretons, les Limougeauds, les Auvergnats, les Corses, les Antillais, les cht’is…

On constate que ce modèle économique du FN est celui d’une extrême droite encore plus traditionnelle qu’on le croyait. Il s’agit du principe féodal qui « attachait le paysan à sa glèbe », comme on nous l’enseignait dans les écoles dans les années 1960. Je ne sais pas si c’est toujours le cas. Les traditions se perdent. Et on pourrait instaurer un carnet de circulation pour les ouvriers, comme en France au XIXe siècle, dans l’ancienne URSS, ou en Chine actuelle, et rétablir des barrières d’octroi pour les marchandises, un passeport intérieur et un « droit de cité ».


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