Maurice Olender : Les Langues du Paradis (1989)

Résumé

Olender traite ici de la naissance et de l’évolution de l’indo-européen, plus spécifiquement dans sa concurrence avec l’hébreu comme langue du Paradis. À travers les conceptions de Herder, Renan, Müller et Goldziher, il montre les errances providentialistes des intellectuels du XIXe siècle, qui ont fondé celles du XXe.

Maurice Olender : Les Langues du Paradis, coll. « Points – Essais », éd., du Seuil, Paris, 2002 (1989), 298 p.

Ce livre fondamental de Maurice Olender, qui évoque l’histoire des recherches sur l’indo-européen, résout quelques questions importantes qui expliquent les dérives des intellectuels. Comme l’a bien souligné Jean Starobinski dans la citation publicitaire en quatrième de couverture : « Si j’ai bien aimé le livre de Maurice Olender, c’est qu’il montre très bien comment des hommes de science, de la meilleure foi du monde, ont pu se tromper ». C’est effectivement un problème crucial qui menace toujours le travail intellectuel.

La notion de « langue du Paradis » concerne l’origine des langues et du langage. Umberto Eco, dans La recherche de la langue parfaite (1994), dont j’ai aussi rendu compte, a d’ailleurs approfondi cette question sur une plus longue durée. Eco se réfère d’ailleurs à ce livre d’Olender qui traite plutôt de la naissance et de l’évolution de l’idée d’une langue indo-européenne dans sa concurrence avec l’hébreu comme langue du Paradis.

Dans un contexte chrétien qui voyait la Bible comme le texte résumant réellement l’histoire du monde et de l’humanité, la question se posait naturellement de savoir si l’hébreu était la langue du Paradis, déjà avec saint Augustin (354-430), ou si c’était un proto-hébreu avec Leibniz (1646-1716). Olender précise (pp. 11-16) qu’à cette dernière époque, les débuts d’une analyse linguistique jouent sur les étymologies délirantes des langues européennes pour revendiquer cette primauté paradisiaque. En 1688, le Suédois Andréas Kempe (1622-1689), s’amuse de ces fantasmes nationalistes dans son livre titré précisément Les Langues du Paradis (p. 14)………………….

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Gordon Golding, Le Procès du singe: La Bible contre Darwin (2006)

Résumé

Ce livre sur le procès contre l’enseignement de la théorie de l’évolution révèle les subterfuges juridiques du débat et une explication surprenante du populisme d’alors et actuel, entre roublardise et formalisme.

Ce petit livre de Golding retrace minutieusement le contexte et le déroulement du fameux « Procès du singe » qui a vu s’affronter, en 1925, les adversaires et les partisans de l’évolutionnisme dans la petite ville de Dayton, dans le Tennessee. On avait également tiré un film, Procès de singe (Inherit the Wind) en 1960, réalisé par Stanley Kramer, à partir de cet épisode de l’histoire américaine qui éclaircit aussi au passage le mystère du populisme renaissant en ce début de XXIe siècle. Mais surtout, ce livre révèle les subterfuges qui caractérisent les interactions sociales américaines. Vu de l’étranger, on pourrait croire à une controverse intellectuelle plus authentique.

Golding commence d’emblée par nous surprendre en nous apprenant qu’« au cours des deux décennies qui suivirent la publication par Charles Darwin de L’Origine des espèces en 1859, la plupart des savants américains se convertirent à la théorie darwinienne » (p. 9), de même que l’opinion informée par des grands journaux d’opinion religieux modernistes ! La théorie de l’évolution n’était pas contestée ouvertement jusqu’à la Première Guerre mondiale. La parole dominante était le « Social Gospel » ou « christianisme social », pour lequel « les aspects surnaturels [de la Bible…] étaient jugés gênants » (pp. 10-11).

Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale qu’on assista à une « campagne contre l’enseignement de Darwin dans les écoles publiques américaines » de la part des protestants traditionalistes (p. 7). En particulier, William Jennings Bryan, trois fois candidat démocrate à la présidence des États-Unis, ancien ministre des Affaires étrangères de Woodrow Wilson, devenu prédicateur fondamentaliste, qui devait être un des acteurs principaux du « procès du singe », énonça les fondamentaux de la foi : 1) La Bible est inspirée par Dieu, ce qui justifie une interprétation littérale, 2) Jésus Christ est né de Marie réellement vierge, 3) il s’est sacrifié pour les hommes, 4) il est ressuscité, 5) il a fait des miracles, 6) il doit revenir sur terre au jugement dernier (p. 13). Golding devrait préciser qu’il s’agit du Nouveau Testament et que c’est plutôt la référence littérale à l’Ancien Testament qui faisait problème.

Les nombreux progrès techniques du début du XXe siècle avaient bouleversé le ritualisme de la vie traditionnelle, mobilisant les prédicateurs contre la modernité corruptrice (pp. 14-15), comme l’impudeur au cinéma (p. 24) en produisant une interprétation selon laquelle le péché avait été sous-estimé et l’amour surestimé par les partisans modernistes du Social Gospel (p. 17). La période postérieure à la Première Guerre mondiale avait confirmé cette impression que « la science s’est montrée capable de destruction et de mort » (p. 18)…………….

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