Résumé
La guéguerre politico-médiatique à propos de l’écriture inclusive escamote le vrai débat sur la féminisation en français. La confusion et l’incompétence empêche régulièrement de traiter réellement les questions posées.
Une nouvelle polémique inutile a eu lieu à propos d’une « écriture inclusive » qui prétend manifester davantage la présence des femmes, en particulier dans les écrits officiels et surtout académiques, pour mieux éduquer les jeunes à l’égalité des sexes. De façon plus circonscrite, la polémique consiste à nier la valeur de neutre du masculin en grammaire française, ce qui est toujours possible, quoique discutable (on peut vouloir changer la pratique, mais c’est bien une des fonctions actuelle du masculin).
Comme toujours, dans ce genre de faux débat, chaque camp argumente seulement à charge, dans un jeu de rôle qui semble formaté pour les débats télévisés. Les partisans de la réforme affirment d’habitude que les rôles sexuels sont socialement « construits », alors que ce sont surtout les débats qui le sont ! Mais la vraie spécificité du débat repose sur la croyance au rôle psychologiquement et idéologiquement fondateur du langage, qui consiste à affirmer que « le langage n’est pas neutre ». Si je comprends bien, cela signifie donc qu’il devrait l’être : si le langage a un rôle déterminant, psychologique ou social, il faudrait plutôt en déduire qu’il n’est pas légitime de marquer sans arrêt les sexes, comme s’il devait y avoir une différence à souligner ! Le contresens est total.
L’idée que le langage a un rôle important sur la distinction et la perpétuation du statut inférieur des femmes est facile à démontrer comme fausse puisque les nombreuses langues qui n’ont pas de féminin grammatical ont à peu près les mêmes traditions d’inégalités sexuelles. Au contraire, en français, on pourrait envisager qu’une des explications de la réussite scolaire des filles a bien une origine linguistique puisqu’elles pratiquent davantage les accords en genre, qui sont une des principales sources de fautes d’orthographe et un des critères d’analyse grammaticale pour comprendre la phrase. Quand on analyse une situation, il faut le faire de façon correcte, contrairement à une approche inspirée de la critique « de classe » qui a abruti toute la génération stalinienne.
Sociologie et linguistique
Il faut être clair. Personne ne pense que la condition féminine américaine ou anglaise, chinoise, japonaise, arabe, indienne, etc., dépend de leur langue où il n’y a pas de féminin grammatical. Ceux qui prétendent le penser nient dogmatiquement une réalité qu’ils connaissent pourtant parfaitement (ce phénomène est un trait scolastique fréquent). Mais personne ne les croit même si leurs étudiants sont obligés de faire semblant, et les autres ne sont pas obligés de s’y soumettre puisqu’ils n’ont pas d’examens à la fin de l’année. La condition féminine est une question sociologique et le débat devrait être clos avant d’avoir commencé. Mais le débat a eu lieu, de la part de faux universitaires qui prétendent donc justifier cette imbécillité par leur statut. Sokal et Bricmont avaient parlé d’Impostures intellectuelles (1987) à propos d’auteurs de la même trempe. Le véritable problème de l’université est qu’elle se ……………………………………………………….
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