Les émeutes anglaises… et DSK !

Le lien entre les émeutes anglaises et Dominique Strauss-Kahn n’est pas seulement de nous distraire pendant l’été. DSK s’était déjà exprimé à propos des émeutes de 2005 en France. Comme je l’avais signalé à l’époque :

« Dominique Strauss-Kahn, invité de l’émission a déclaré, à la grande surprise de tous les participants, que les émeutiers de 2005 n’étaient que des délinquants. Même Patrick Buisson, proche du Front national, a été débordé sur sa droite. Et les intervenants, vraiment très polis, trop, pour être honnêtes, n’ont pas cru bon de le contredire. On ne sait jamais. Il pourrait être élu président. » (Émission « Questions qui fâchent » de Michel Field, sur LCI, avec Nicolas Beytout, Patrick Buisson, Alain Duhamel et Jérôme Jaffré, le jeudi 8 juin 2006 de 18h30 à 20h).

C’était la pré-campagne des présidentielles 2007. Patrick Buisson est devenu conseiller ès clivage de Nicolas Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn est empêtré dans une accusation de viol à New York.

On constate au passage que ces « questions qui fâchent » ne fâchent personne, puisque les débats, de plus en plus, confrontent des gens d’accord entre eux. On voit d’ailleurs ce qu’il en est au Royaume Uni, où le Premier ministre conservateur, David Cameron en profite pour promettre martialement de rétablir la loi et l’ordre. On imagine quelle a pu être la divine surprise pour lui, en période de crise de légitimité personnelle, européenne et mondiale ! Le parti travailliste ne se risque pas à le contredire sur ce point, et fait même chorus en employant les mêmes termes, tout en incriminant mollement les coupes dans les budgets sociaux. Seuls quelques gauchistes attardés, généralement proches de la retraite, exaltent la notion sacralisée de révolte, sans souci d’analyse circonstanciée.

Cette valorisation de la révolte jouit de l’exemple récent des printemps arabes ou des « indignados » espagnols et autres. Le fait est qu’on semble noter une recrudescence de la contestation chez les jeunes qui ne s’insèrent plus aussi facilement dans la vie active. Mais il ne faut pas oublier non plus que les conflits sociaux sont permanents, même dans les dictatures qui, précisément, ne subsistent que parce qu’elles répriment les tensions latentes. J’ai eu l’occasion de mentionner également (dans « Le sens de la vie ») que les conflits en Côte d’Ivoire, Tunisie ou Égypte, Syrie, etc., relevaient d’une même lutte pour les places au soleil.

L’analogie avec le printemps arabe n’est pas seulement dans la tête des analystes accrédités. Elle est aussi, forcément, celle des manifestants qui ont accès aux mêmes images. Ce que les théoriciens discutent à la télévision et dans les colloques académiques correspond à des passages à l’acte pour les classes populaires, ou pour les jeunes gens. Dans un article à propos des événements en Birmanie, « L’illusion des droits de l’homme », j’appelais cela le principe Tiananmen, en souvenir des événements chinois :

Les jeunes Chinois modernistes ont voulu faire une manif comme à la télé. On a également pu le constater : ils ne savaient d’ailleurs pas trop quoi faire au bout d’un moment. En 1989, le contexte était à la fin ou à la démocratisation du communisme. Mais ça n’a pas été le cas en Chine. Le pouvoir s’est inquiété. L’ironie, d’où le quiproquo, a voulu que l’époque soit pourtant à la modernisation en Chine même. Deng Xiaoping a peut-être craint une nouvelle révolution culturelle, qui lui avait laissé de mauvais souvenirs. Sur le simple plan pratique, la police n’étant pas préparée, on a fait venir l’armée, ce qui a aggravé le problème. Les luttes de pouvoir au sein du Parti communiste chinois ont fait le reste : les conservateurs se sont servis du désordre pour déclencher la répression. Rien que de très classique (partout dans le monde).

Comme en Chine en 1989, comme en Birmanie en 2007, le succès du printemps arabe de 2011 dépend plus de la réaction du gouvernement local que de la solidarité internationale. Les Occidentaux ne sont pas intervenus en Chine, ni en Birmanie, ni en Syrie, pour le moment. On imagine qu’ils l’ont fait en Libye (ou en Irak) pour se débarrasser de Mouammar Kadhafi (ou Saddam Hussein), sans parler du pétrole.

Bref, c’est le niveau de réaction du pouvoir qui définit la dictature. Pour les révoltés, il ne faut pas se tromper dans l’évaluation des forces en présence. Idéaliser la révolte pour la révolte, en espérant que ça pète, parce que ça ne peut pas être pire, relève de la bêtise des généraux qui envoyaient les soldats au casse-pipe sous la mitraille.

Comme en 2005, les émeutes anglaises ont commencé, le 6 août, après la mort d’un jeune homme, tué par la police anglaise, qui a rapidement été accusé d’être un délinquant, avant toute enquête (aux dernières nouvelles). Selon un sociologue, Alain Bertho, dans le journal Médiapart du 8 août 2011, « Des émeutes après la mort d’un jeune, il y en a déjà eu une petite vingtaine dans le monde depuis le 1er janvier 2011 ». Il faudrait peut-être prévenir la police pour qu’elle se prépare.

Parler de « causes sociales », comme la gauche, concerne moins les coupes budgétaires (dont la rallonge profite surtout aux politiques qui les réclament) que l’exigence d’égalité de droits fondamentaux, qui devrait être un souci de la démocratie. La forme de vandalisme ou de pillage renvoyant à la délinquance ne fait que déplacer le problème, puisque la délinquance est effectivement une forme de révolte non politique, individualiste (la gauche dirait « libérale »). Sa forme organisationnelle (« politique ») correspond plutôt à la forme du gang, comme pour la mafia. Ce qui permet une condamnation simultanée par la droite et par la gauche. Cela pourrait permettre aussi une certaine indulgence, si la politique n’était pas fondée sur le maintien de l’ordre et sur la technique qui consiste à faire un exemple pour l’obtenir.

La stratégie de la fermeté absolue, de « tolérance zéro », laisse un goût bizarre avec le parallèle actuel de la répression en Syrie qui qualifie, sans convaincre, les manifestants de terroristes ou de subversifs téléguidés par l’étranger ou Al Qaida (ça ne marche que pour les démocraties). Le Premier ministre, David Cameron, vient de faire un discours à la Chambre des communes, ce jeudi 11 août 2011, où il parle de :

« Certains jeunes grandissent sans connaître la différence du bien et du mal. Ce n’est pas un problème de pauvreté, c’est une question de culture. Une culture qui glorifie la violence, la rébellion contre l’autorité. Une culture qui parle tout le temps de droits et jamais de devoirs ».

Sur ce sujet, j’ai déjà signalé que le débat est ancien, puisqu’on trouve dans les paroles de L’Internationale (Eugène Pottier, 1871), les vers suivants :

« L’état comprime et la loi triche
L’impôt saigne le malheureux
Nul devoir ne s’impose au riche
Le droit du pauvre est un mot creux
C’est assez languir en tutelle
L’égalité veut d’autres lois
Pas de droits sans devoirs dit-elle
Égaux, pas de devoirs sans droits
 »

On remarque bizarrement (outre l’allusion à la « culture » de style « je me comprends ») que ce discours accuse essentiellement la gauche (les gauchistes retraités qui tombent dans le panneau) d’être responsable des émeutes qui relèvent plutôt d’un hooliganisme anglais traditionnel. Dans le contexte, la gauche institutionnelle a beau jeu de dire que le projet de suppression d’une dizaine de milliers de policiers, comme source d’économie, fait un peu tache. Et comme à son habitude, la droite fait l’impasse sur la question de la « soumission à l’autorité » dans les dictatures. C’est bien l’insoumission qui caractérise la démocratie.

La différence entre la démocratie et la dictature se manifeste par la dureté de la répression. Mais le résultat final est que l’ordre doit régner partout, jusqu’à la prochaine fois. Le problème est toujours, de part et d’autre, de ne pas se laisser entraîner dans la surenchère et d’inscrire une stratégie dans la durée.

L’erreur des politiques est de ne pas admettre que, quand la violence se produit, le système démocratique a déjà failli, au moins par le manque de cadres offerts aux citoyens pour exprimer leur mécontentement. C’est précisément le cas général de l’absence de cadres institutionnels prévu à cet effet dans les dictatures, ou de l’absence de cadres intellectuels pour le hooliganisme. On voit aussi que le passage de la dictature à la démocratie est difficile, dans le cas expérimental du printemps arabe, du fait que la redistribution des postes n’est pas acquise. Notons que les hooligans en question auraient justement trouvé des emplois, et des repères, dans la police.

L’erreur des émeutiers consiste à ne pas comprendre que la violence n’est pas justifiée dans un système démocratique. L’émeute et le pillage sont évidemment des solutions à courte vue qui cadrent avec les perspectives au jour le jour des catégories les plus précaires de la population. Le hooliganisme s’explique par le simple fait que les jeunes hommes sont indisciplinés et que le seul exutoire du football n’est pas suffisant, spécialement quand le gang des policiers (anciens hooligans), commet une agression contre le gang des jeunes.

Mais on peut aussi affiner l’analyse. 1) Au lieu de considérer le régime dans son ensemble, on peut comprendre les émeutes, en régime démocratique, comme la persistance de poches résiduelles non démocratiques de fait, sinon de droit. L’existence d’exclusions ou de discriminations est bien une restriction à la nature démocratique du contexte. 2) On peut comprendre la bonne conscience des dictateurs (ou de la droite) comme le sentiment qu’ils ont d’incarner la légitimité sociale dans des poches d’état de droit pour la partie privilégiée (de fait, sinon de droit) de la population. Rousseau disait bien qu’une monarchie est une République car elle incarne l’État en tant qu’il représente (plus ou moins bien) l’intérêt général. Mais une monarchie ne peut pas être un état démocratique achevé. Le Royaume Uni en est une.

Une crise constitue le symptôme de l’échec d’une politique ou pointe les limites de la démocratie. Puisque Cameron soulève la question « du bien et du mal » au Royaume Uni, on peut aussi se demander ce qu’on attend, comme je le réclamais en janvier 2010, pour « pendre Blair », sur le modèle de Saddam Hussein, pour le million de morts qu’il a causé en Irak sous de faux prétextes. Je disais alors que la démocratie a l’avantage, ou l’inconvénient, de :

« supposer cette participation collective et un consentement de l’opinion. Ce consentement permet de diluer la responsabilité des dirigeants. La démocratie est devenue un système généralisé d’« irresponsabilité des responsables » (politiques et économiques) qui produit sciemment une communication biaisée, et qui ne connaît pas de sanction. »

Ma proposition, à l’époque, visait à limiter l’invocation de la responsabilité collective, qui justifie les émeutes et le terrorisme, qui ciblent n’importe qui :

« Il faut en finir avec l’impunité de ceux qui prennent ce genre de décision si on ne veut pas que la chaîne des responsabilités soit explorée plus avant, en considérant que la complicité des exécutants ou des citoyens passifs est engagée. Puisqu’un véritable procès n’a pas lieu, et qu’on connaît le résultat à l’avance comme celui de Saddam Hussein, pendre Blair, Bush, Rumsfeld, Powell et quelques communicants, sans autre forme de procès, serait un bon début. »

Les émeutiers s’en prennent à un bouc émissaire symbolique. Le laxisme de droite consiste à rouler des mécaniques au parlement ou dans les médias et de se contenter de faire des exemples pour croire que tout entre dans l’ordre. La question est bien l’irresponsabilité des responsables.

À Londres, la proximité de la vie normale et de l’activité parasitaire mondiale de la City, en ces temps de crise économique globale, peut aviver des tensions réelles. Le lien est connu. J’ai déjà parlé de l’influence du salaire des traders et des patrons sur la hausse de l’immobilier (« Quel salaire pour les patrons ? », « Augmentez les patrons ! » et autres), ainsi que de la présence du petit personnel que suppose forcément la richesse (« Publicité clandestine de Véolia »). Les émeutiers ne valent pas mieux qui envient ce modèle par l’intermédiaire des stars du sport omniprésentes dans les médias. Cet idéal de réussite suppose l’échec de la majorité. Un système aristocratique est le principe institutionnel de cet état. L’abolition de la monarchie me paraît un préalable minimum pour une discussion sérieuse. Sa persistance décorative est le véritable signe du laxisme démocratique.

On peut aussi se limiter à la question conjoncturelle des émeutes si on n’est pas assez intelligent pour avoir une vision plus vaste. L’affaire DSK nous a fait éclater à la gueule que le problème peut se résumer assez simplement dans le fait de ne pas laisser son avenir se terminer en fait divers. La difficulté est que les médias et les politiques ont plutôt tendance à faire monter la sauce, car ils vivent de leur exploitation. On a vu jusqu’où peut aller le rôle des tabloïds au Royaume Uni, qui ont trouvé une occasion en or de détourner l’attention de leur turpitudes (illégales) à l’occasion des émeutes. Au point qu’on se demande, parfois, jusqu’à quel point ce genre d’affaires n’est pas un peu arrangé. On sait que des provocateurs (de tous bords) sont toujours présents dans les émeutes ou les groupes clandestins, ou qu’il suffit de laisser pourrir la situation. On le voit bien aussi avec Internet qui fait exploser la médiatisation de ceux qui cherchent à faire volontairement le buzz avec une orgie de bêtisiers.

Mon message aux émeutiers, à DSK, aux politiques et aux autres, est simple : ce n’est pas la peine de se forcer à faire des conneries, on en fait suffisamment sans le vouloir.

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Je n’ai pas témoigné au procès d’Eric Zemmour

J’aurais dû (puisque j’avais précisément traité de ce cas sur Exergue). Et je l’aurais fait si j’y avais été invité, comme l’universitaire François Durpaire, qui a écrit une tribune dans Rue89 [1], intitulée : « Pourquoi j’ai témoigné au procès d’Eric Zemmour ». Cet universitaire a évidemment réitéré la doxa scientifique sur l’inexistence des races, dont j’ai contesté la pertinence (et l’efficacité) dans un article précédent (« Peur des mots : ‘Race’ »), en références aux déclaration de Zemmour sur le sujet. Car contrairement à sa prétention scientifique, la plupart des arguments que présente Durpaire sont biaisés, d’autorité, hypothétiques, voire d’intention, moralisateurs, et un peu faux culs. Il nous sort même, maladroitement, l’argument Renan, auquel j’avais aussi réglé son compte.

J’ai déjà parlé du cas Zemmour, dans trois articles, ainsi que des affaires pour lesquelles il était jugé, en ce début d’année 2011. Je considère le bonhomme comme symptomatique de l’époque et de l’incompétence actuelle à traiter de ces questions, éventuellement en voulant bien faire, comme Durpaire. Et il est régulièrement attaqué sur ce point par les invités de l’émission télé hebdomadaire de Ruquier, « On n’est pas couché », où il possède sa tribune. Caroline Fourest a cru le mettre en difficulté et cru convaincre, ce qui est plus que douteux. Comme Durpaire, elle semble se croire investie d’une autorité scientifique qui correspond justement à ce contre quoi s’élèvent des personnes comme Zemmour. C’est précisément la difficulté de la situation actuelle où les camps face à face sont dans une impasse théorique qui semble opposer le bon peuple aux bobos biens pensants.

Une autre fois, il a été traité de fasciste par Marc Benamou, de façon plus pertinente, du fait de ses opinions politiques autoritaires, même si cela n’a pas plu au public sur le plateau, des fans qui viennent le soutenir. Durpaire a raison de signaler que Zemmour est le héros de la nébuleuse ouvertement raciste des identitaires militants. Mais ce chercheur ne comprend pas le problème de tous les petits blancs en mal d’identité culturelle pour cause de mondialisation galopante. J’ai déjà eu l’occasion de signaler que le déclassement de la France était lié à cette incompétence classiquement ethnocentrique [2]. Car un peu de réflexion et la culture minimale montre bien que les identitaires ont tort. Comme je l’écrivais récemment :

« le rayonnement passé de la France, revendiqué par les souverainistes de tous bords, reposait bien sur ceux qu’on critique aujourd’hui comme droit-de-l’hommistes (et pas sur le pétainisme), sur la liberté (et non sur l’autoritarisme), sur l’ouverture au monde. Peut-être aussi sur une certaine tradition d’arrogance qui me fait dire que c’est comme ça et pas autrement. »

Le 18 février 2011, le tribunal rendra son verdict dans l’affaire Zemmour. En mars 2010, j’avais intitulé mon article sur les faits qui lui sont reprochés : « Zemmour a encore frappé (impunément) ». On verra si ce sera le cas. En attendant, il continu à parader sur le sujet dans la même émission. Tout d’abord, il faut bien remarquer qu’il n’est pas passé en comparution immédiate comme les petits délinquants dont il parlait. Les propos pour lesquels il est jugé : « Pourquoi on est contrôlé dix-sept fois ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait », ne disaient pas que les policiers contrôlent des délinquants qu’ils connaissent bien, comme la pratique du terrain le permettrait. L’absence de police de proximité se fait sentir. Il excusait les policiers de pratiquer le délit de sale gueule, c’est-à-dire de racisme.

Pour le condamner, je ne me pose pas ici la question du statut épistémologique du « fait », comme François Durpaire, qui commente ainsi les propos de Zemmour : « Quelle en est la preuve ? ‘C’est comme ça, c’est un fait.’ Trait constant de sa rhétorique, il entoure ses assertions les plus grossières d’un halo de bon sens populaire. » Est-ce que cette « rhétorique » universitaire, d’autorité, est censée convaincre le peuple ou seulement les magistrats. La « pensée Zemmour » insinue que « c’est bien un fait, mais qu’il ne faut pas le dire ». Nombreux sont ceux qui sont venu témoigner en faveur de Zemmour, dont un magistrat, et un ancien ministre de l’Intérieur de gauche, pour justifier cette observation, et s’opposer au politiquement correct. Pour la contredire, je déclarais alors :

« Cette polémique est surtout stupide. Il est évident que dans les quartiers où il y a beaucoup de Noirs et d’Arabes, les trafiquants le sont aussi (outre le fait qu’y contrôler des jeunes signifie forcément y contrôler des Noirs et des Arabes). Il est par contre notoire que le trafic de drogue concerne tous les milieux, et que les trafiquants ne sont pas tous noirs ou arabes (sans parler du cyclisme où il n’y a pas beaucoup de Noirs). On peut douter aussi qu’on arrête des trafiquants grâce à des contrôles. Il y a plus de chance d’arrêter des consommateurs (qui sont éventuellement revendeurs pour payer leur dose). »

et entre autres choses, pour faire bonne mesure :

« En l’occurrence, Zemmour est un peu faux cul. L’objectif actuel du gouvernement consiste à faire du chiffre en matière de délinquance pour préparer les élections et masquer éventuellement les autres problèmes (Zemmour participe donc à la campagne, comme les nombreuses émissions télé sur les faits divers). Il est donc parfaitement normal de viser la petite délinquance. D’autant que les pauvres sont plus nombreux que les riches ! C’est surtout du point de vue du nombre que le problème est social. On connaît aussi l’indulgence dont bénéficient les drogués riches. Pour ne fâcher personne, rappelons simplement le cas du ministre de la Culture du général De Gaulle, André Malraux, drogué notoire, qui ne devait pas s’approvisionner dans les banlieues. »

Si on veut des faits et pas de politiquement correct, il me semble que cette réponse est plus pertinente que l’hypothèse du complot du lobby bobo misérabiliste. Malheureusement, comme pour le plaidoyer pro-Traité constitutionnel européen, les maladresses arrogantes du discours sociologico-académique donne des gages à la résistance, qui se croit « politiquement incorrecte », d’un certain nietzschéisme de pacotille (on pense aux délires de Scheler, auxquels j’ai aussi fait un sort). Mais la légitimité de souligner le vice de forme n’est pas une preuve que les racistes (et les opposants au Traité) ont raison. D’autres arguments sur le fond sont possibles. Je considère les miens comme probants.

On verra si la justice est aussi laxiste à l’égard de Zemmour que les gens qui l’approuvent considèrent qu’elle l’est à l’égard des petits délinquants. A priori, c’est plutôt mal parti. Au cours du procès la procureur lui a rappelé gentiment qu’en France, la discrimination n’est pas un droit, mais un délit. Car au cours d’une autre de ses interventions, dans une émission de Thierry Ardisson, comme je le disais précédemment, Zemmour « a justifié les discriminations raciales, explicitement, le droit de sélectionner des candidats sur n’importe quel critère, pour un emploi ou un logement, etc. En France, c’est un bien délit ! Que fait la police ?… Elle contrôle dix-sept fois les jeunes Noirs et les Arabes dans les banlieues ! » Or, je croyais que c’était précisément pour ce genre de délit que Zemmour était jugé. La procureur n’a pas réclamé de peine.

CODE PÉNAL : (Partie Législative)

Article 432-7

(Ordonnance n 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)

(Loi n 2004-204 du 9 mars 2004 art. 41 II Journal Officiel du 10 mars 2004)

La discrimination définie à l’article 225-1, commise à l’égard d’une personne physique ou morale par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende lorsqu’elle consiste :

* 1 A refuser le bénéfice d’un droit accordé par la loi ;

* 2 A entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque.

Article 225-18

(Ordonnance n 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)

Lorsque les infractions définies à l’article précédent ont été commises à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, des personnes décédées à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, les peines sont portées à trois ans d’emprisonnement et à 45000 euros d’amende pour les infractions définies aux deux premiers alinéas de l’article 225-17 et à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende pour celle définie au dernier alinéa de cet article.

Article 132-76

(Loi n 2003-88 du 3 février 2003 art. 1 Journal Officiel du 4 février 2003)

(Loi n 2004-204 du 9 mars 2004 art. 12 I, art. 38 Journal Officiel du 10 mars 2004)

Dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l’infraction est commise à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

La circonstance aggravante définie au premier alinéa est constituée lorsque l’infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature portant atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime ou d’un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

Jacques Bolo

Notes

1. Rue89 est par ailleurs un repaire de racistes qui commentent tous les articles qui traitent de ces questions et qui n’ont rien à envier à Zemmour, qu’ils surclassent très souvent. J’ai déjà souligné que Rue89 en profitait directement et financièrement dans la mesure de son audience.  [Retour]

2. Sur RTL, début janvier 2011, à propos des prémisses de la révolution tunisienne, Zemmour s’est livré à une des ses analyses géopolitiques éculées en considérant que la Tunisie de Ben Ali avait choisi la voie autoritaire chinoise qui s’est développée après la chute du mur de Berlin, en 1989. Il a l’imprudence d’ajouter que ce nouveau modèle autoritaire de développement est « mâtiné de retour identitaire confucianiste pour les Chinois, indianiste pour les Indiens, culture ottomane pour les Turcs, etc. » Zemmour devrait préciser aussi « républicaniste pour les Français », et « napoléonien pour lui-même ». [Retour]