Finkielkraut fait Le Point

Résumé
La France de Finkielkraut dévoile ses insuffisances au grand jour. L’imposture est quantifiable.

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Finkielkraut le Maudit, qui se dit marginalisé et politiquement incorrect, fait la une du Point du 9 avril 2015, après avoir été élu à l’Académie française l’an dernier. L’hebdomadaire ironise sur ce délire de persécution : « Le Mécontemporain est devenu majoritaire. Mais, chut, n’allez surtout pas le lui dire, car vous déclencheriez un torrent d’invectives. » Lèches bottes ! Il faut dire la vérité aux malades. Les autres doivent enregistrer les données disponibles.

Finkielkraut/Le Point

Puisque j’ai contribué à la finkielkrautologie nécessaire, rappelons que j’ai eu l’occasion d’écrire que la Défaite de la pensée (1987) est d’abord la sienne. Le Point notera correctement que Finkielkraut est passé entre temps de l’universalisme à l’identitarisme, avec son dernier livre de 2013, L’identité malheureuse. Cette trajectoire était précisément le propos du premier livre, qui aurait dû plutôt s’appeler La défaite de l’universel, si l’édition et la philosophie médiatique ne donnaient pas dans l’hyperbole aguicheuse. Un titre plus exact aurait permis d’éviter la sorte de justification de cette évolution qui semble avoir cours aujourd’hui. Contresens fatal. C’est aussi le drame de cet auteur qui maîtrise finalement assez mal les références qu’il affectionne tant.

J’avais aussi remarqué qu’il n’avait pas trop mal décrit le phénomène du « juif imaginaire » (son livre de 1981), qui s’identifie à un malheur qui n’est pas le sien, avant de devenir lui-même l’un d’entre eux. Finkielkraut a décidément inventé le genre de l’autosociologie involontaire et prémonitoire.

Mais l’article du Point, malgré ses lucidités, sert quand même la soupe… à la grimace. Notre nouvel académicien invoque Charb qui disait « J’ai moins peur des intégristes que des laïques qui se taisent » (notons que les événements, et la mobilisation, lui ont donné tort). Et Finkielkraut nous ressert une louche de son brouet habituel : « La laïcité doit désormais répondre du délit d’islamophobie » contre les précautions prudentes des politiques pour éviter les amalgames.

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Hollande déçoit ?

Résumé

La déception causée par Hollande est proportionnelle aux illusions. Mais on peut vouloir continuer de retarder le moment de payer sa part de l’addition.

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Mémoire courte

Au bout d’un an de mandat présidentiel de François Hollande, l’impression générale est à la déception. Certains se croient malins en disant qu’ils n’attendaient rien de lui, mais ils sont déçus quand même. Faudrait choisir ! Les plus cohérents sont les humoristes qui ont toujours dit qu’ils allaient regretter Sarkozy, d’abord en rigolant, mais on les sent de plus en plus sérieux, pour le coup. Au moment de faire les comptes annuels, ils commencent à rire jaune. Sous Sarko, c’était pas la crise pour tout le monde. On en était venu à penser que le but de la politique était de nous faire rire. C’était le bon temps…

Les poissons rouges n’ont pas de mémoire. Au premier tour de bocal, ils ont oublié que la déception a commencé le lendemain de l’élection de 2012. Lire la suite « Hollande déçoit ? »

Bilan réel des présidentielles 2012

Résumé

Le FN a bien fait l’élection de Hollande par son abstention. Reste à se débarrasser concrètement de sa logique pour traiter réellement les problèmes au lieu de trouver des excuses à ses électeurs. Bref, les conneries, ça suffit !

Pas de quoi pavoiser

Contrairement à ce qu’on entend chez certains, être élu président de la République avec 51,67 % n’est pas un bon score pour le candidat Hollande qui avait démarré à 60 % et qui était encore à des estimations autour de 53 % avant le premier tour. On peut même se dire qu’avec une semaine de plus le président Sarkozy aurait réussi son pari de remonter la pente. Au cours du débat, entre les deux tours, Sarkozy aura réussi à focaliser Hollande sur le vote des immigrés qui a permis de regagner des électeurs FN, et sur le nucléaire qui lui faisait perdre des électeurs écolos. Mais un débat n’aura pas suffit. On comprend pourquoi Sarko en voulait deux de plus.

Comme je le disais après le premier tour, ce sont les abstentionnistes du FN qui ont manqué à Sarko. On peut remarquer au passage, vu qu’on lui reproche de s’être (une fois de plus) compromis, que ce sont donc les électeurs du FN les plus durs contre l’immigration qui l’ont fait perdre. Et Sarkozy aurait donc pu gagner. Il va falloir que Hollande affronte clairement cette idéologie. Au lieu d’essayer de ramener ces extrémistes à la raison, les socialistes se sont abaissés à leur lécher le cul, avec Ségolène Royal Lire la suite « Bilan réel des présidentielles 2012 »

Premier tour sans surprise

Ceux qui ne l’ont pas vu venir se sont trompés

Le premier tour des présidentielles 2012 nous donne Marine Le Pen à 17,90 %. Elle n’est pas au deuxième tour, mais comme elle contrôle l’élection, c’est tout comme. Si toutes les voix FN, Bayrou (9,13 %), et Dupont-Aignan (1,79 %) se portaient sur Sarkozy (27,18 %), la droite aurait donc 55 %. des suffrages. Mais ça ne sera sûrement pas le cas. Depuis Mitterrand, la droite est divisée grâce à la présence du FN. La stratégie qui consiste à tout miser sur l’immigration est finalement un mauvais calcul pour elle, et un bon calcul pour la gauche. À qui profite le crime ?

Inversement, avec les sondages de la semaine précédente, j’avais noté (dans un commentaire sur Médiapart), qu’il aurait été amusant que Mélenchon, les gauchistes, les écolos, plus Bayrou s’allient sur le principe du « Tous contre Sarkozy » en décidant de se désister pour Hollande. Il serait passé au premier tour. Ça nous aurait fait économiser du temps et quelques angoisses pour les candidats. La presse n’aurait pas aimé. Mais puisqu’on parle d’économies…

Sauf retournement de dernière minute, ou grosse gaffe de Hollande, Sarkozy va être battu malgré une majorité à droite. Lire la suite « Premier tour sans surprise »

Guéant droit-de-l’hommiste !

La nouvelle affaire Guéant, sur la hiérarchie des civilisations, est l’exemple même de l’ambiguïté actuelle sur ces questions. Le but de ce discours a été interprété comme un appel du pied aux électeurs du Front national. Mais le bénéfice électoral n’est pas prouvé, puisque les électeurs du FN se souviennent qu’on leur a déjà fait le coup la dernière fois. La véritable intention était plutôt de diviser la gauche en essayant de récupérer les républicanistes laïques et les femmes sur la question du voile et de l’islam, ou au moins de les faire s’abstenir s’ils considèrent que la gauche est trop laxiste.

Les intellectuels qui débattent de civilisations tombent généralement dans le panneau. D’autant qu’ils sont souvent totalement incapables de convaincre. S’ils l’avaient été, la situation actuelle n’existerait tout simplement pas. Le problème est simple. En ce qui concerne les civilisations, comme ceux qui ont invoqué Lévi-Strauss l’ont bien dit, toutes se croient supérieures. Ce qui pose le problème, mais ne le résout pas. Ceux qui expriment cette pensée relativiste, et la gauche en général, sont d’ailleurs les premiers à ce croire supérieurs à la droite, et à Guéant en particulier, sur le plan moral ou culturel. Ce n’est pas une nouveauté. Les principes scientifiques énoncés par Lévi-Strauss sont respectés. La connaissance est donc validée empiriquement.

La véritable erreur de Guéant consiste à invoquer la supériorité de l’Occident, de la démocratie, de la laïcité, de la liberté, et de l’égalité des hommes et des femmes en particulier, alors que ces valeurs sont celles d’un Occident plus idéal que réel. C’est un peu ce que signifie le terme « valeur ». On pourrait même dire que ce sont des valeurs « de gauche », si la gauche n’avait pas été stalinienne, ou « libérales » si le libéralisme politique n’était pas lié aujourd’hui à une sorte d’oligarchie mafieuse. La meilleure définition qu’on pourrait trouver à ces valeurs occidentales est précisément le « relativisme » que Guéant condamne dans la même séquence.

Car la droite Guéant-Zemmour est plutôt une droite dure et réactionnaire. On peut lui accorder cette « valeur » (idéale) d’un jacobinisme républicain, qu’on appelle bonapartiste pour ne pas l’appeler fasciste. Mais ce républicanisme est surtout formel dans la mesure où il est très traditionaliste sur plusieurs points, dont précisément la prééminence des valeurs chrétiennes. Bref, c’est comme si Pétain se réclamait de la République (la Gueuse), de Voltaire, Rousseau, Blum, la Commune, ou tout simplement de la Révolution (libérale) de 1789.

On sait que la nouveauté du sarkozysme est d’invoquer Guy Moquet ou Jaurès (comme le Front national d’ailleurs). C’est dans l’ordre des choses, celui des « lieux de mémoire » populistes qu’on appelait naguère des « images d’Épinal », en s’en moquant. On peut considérer avec optimisme que cette « acculturation » aux valeurs républicaines « est un signe de progrès » comme on dit à gauche. J’ajouterai que l’extrême droite fascisante du FN, avec une femme à sa tête, contre les élites, pour la république, la laïcité, etc., marque également une évolution intéressante. Les lignes bougent.

Mais il me semble surtout que toute cette affaire expose au grand jour une incompétence totale de part et d’autre. Au mieux, cela montre comment se diffusent les conceptions culturelles modernes, mélangées à la persistance d’archaïsmes. Il faut être vraiment optimiste pour se satisfaire d’un progrès.

Post-scriptum

En réponse aux paroles de Guéant, le député de la Martinique, Serge Letchimy, à l’Assemblée nationale, le 7 février 2012, a rappelé que hiérarchiser les civilisations a conduit au nazisme. Les députés de droite ont quitté l’assemblée et exigé des excuses et des sanctions. Cette intervention a été rabaissée à une naïveté, qu’on suppose « d’indigène primitif », par les journalistes, de plus en plus réduits au rôle de conseillers en communication. Ils considèrent que ce successeur d’Aimé Césaire est tombé dans un piège pourtant trop évident. Le civilisé (supérieur donc) est plus retors. Il utilisera des détours plus subtils pour dire que « hiérarchiser les civilisations avait conduit au nazisme ». Ce qui était pourtant le cas. Les imbéciles parleront de point Godwin, car ils ont entendu le mot « nazisme », sans tenir compte de la pertinence. À moins que ce soit le négationnisme qui progresse.

La gauche et son candidat, feignant de jouer l’apaisement, ont invoqué la sensibilité du « descendant d’esclaves » (d’avant l’abolition de 1848). On voit que les indigènes sont toujours considérés comme trop sensibles, féminins, pour tout dire, par la « sensibilité de gauche ». La hiérarchie des civilisations ne persiste pas qu’à droite… Mais comme il était question de nazisme, y aurait-il donc un rapport entre l’esclavage et l’antisémitisme, pour une fois ? Et les descendants de juifs (souvent « indigènes » maghrébins avant le décret Crémieux de 1870 – une génération après l’abolition de l’esclavage) n’auraient-ils plus de « mémoire », ou en auraient-ils une sélective, s’ils sont de droite ? Le point commun ne serait-il pas plutôt l’absence de respect des minorités par la realpolitik jacobino-bonapartiste-nazie ?

Notons qu’à peine quelques jours plus tard, François Hollande a parlé de « camps » pour les Roms, en employant même le mot « solution ». Au lieu de considérer simplement que cela signifiait « campements », on a cru y voir, sans rire (expression toute rhétorique), un projet diabolique inconscient de nouveau génocide tzigane, et « Jean-François Copé, a dénoncé ‘des propos hallucinants’ et s’est dit ‘très choqué’ » (Libération). Décidément, la droite a de plus en plus une sensibilité de gauche ! Copé espère peut-être que les socialistes vont quitter définitivement l’assemblée devant ce rappel des heures sombres de notre histoire.

À propos de mémoire, une blague célèbre parle de celle des poissons rouges qui tournent en rond dans leur bocal… Bref, on a de plus en plus de mal à distinguer les hommes politiques des humoristes (et réciproquement).

Voir aussi :